Par Sa générosité et Sa bienveillance, Il leur envoya alors un renfort composé de membres des Banû Nâjiyah et dʿAbd al-Qays, accompagnés de plusieurs émirs. À leur arrivée, la victoire fut éclatante : les polythéistes prirent aussitôt la fuite, et les musulmans se lancèrent à leur poursuite, tuant dix mille de leurs combattants. Ils s’emparèrent des familles, s’approprièrent les biens et le marché dans son intégralité, puis ils envoyèrent le cinquième (du butin) à as-Siddîq, par l’intermédiaire de l’un des émirs, nommé ʿArfaja, qui repartit ensuite auprès de ses compagnons.
Quant à la région de Mahra, lorsque l’on eut fini d’y pacifier ʿOman, comme nous l’avons rapporté, ʿIkrima se rendit au pays de Mahra, à la tête des troupes qui l’accompagnaient et de celles qui s’y joignirent. Il pénétra alors dans les territoires de Mahra, où il trouva deux corps d’armée. Le premier, le plus nombreux, était dirigé par un émir appelé al-Muṣbiḥ, issu des Banû Muḥârib, tandis que l’autre avait pour émir un certain Chakhrit. Tous deux étaient en désaccord, un différend qui fut providentiel pour les croyants. ʿIkrima envoya un message à Chakhrit, qui lui répondit favorablement et rallia ses rangs. Cela consolida la position des musulmans et affaiblit la détermination d’al-Muṣbiḥ. Alors, ʿIkrima l’exhorta à se tourner vers Dieu et à obéir. Mais al-Muṣbiḥ, trompé par la supériorité numérique de ses partisans et par son opposition à Chakhrit, s’obstina dans son arrogance. ʿIkrima marcha donc contre lui avec ses troupes. Le combat qui s’ensuivit contre al-Muṣbiḥ fut encore plus acharné que celui de Dabbâ mentionné plus haut. Puis Dieu accorda la victoire et le triomphe : les polythéistes s’enfuirent, al-Muṣbiḥ fut tué, et un grand nombre de ses hommes périrent également. Les musulmans s’emparèrent de leurs biens, au nombre desquels figurait un millier de chamelles de choix. ʿIkrima préleva le cinquième sur l’ensemble de ce butin et l’envoya à as-Siddîq, accompagné de Chakhrit, en lui annonçant la victoire accordée par Dieu ; la bonne nouvelle étant transmise par un homme nommé as-Sâʾib, de la tribu de Banû ʿAbid (Makhzûm).
À ce propos, un poète appelé ʿAllajûm composa ces vers (mètre at-Ṭawîl) :
« Que Dieu récompense Chakhrit et les descendants de Hachim, ainsi que Firḍam, lorsque les caravanes se mirent en route vers nous.
Ce faisant, ils infligèrent un châtiment à celui qui méconnut ses engagements et ne s’en remit pas à eux comme on l’attend normalement de proches.
Ô ʿIkrima, sans la mobilisation et l’action de mon peuple, vous auriez trouvé les voies bien étroites malgré l’immensité de l’espace.
Nous ressemblions à celui qui entraîne une main en tenant l’autre, tandis que les malheurs du temps s’abattaient sur nous. »
Pour ce qui est des habitants du Yémen, nous avons déjà mentionné qu’al-Aswad al-ʿAnsî – que Dieu le maudisse – était apparu au Yémen et avait égaré de nombreuses personnes faibles d’esprit et de religion, au point qu’un grand nombre, voire la majorité, avaient apostasié de l’islam. Après que les trois émirs, Qays ibn Makchûḥ, Fayrûz ad-Daylamî et Dâdhûyah, l’eurent tué, comme nous l’avons précédemment relaté, la nouvelle de la mort du Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) ne fit qu’accroître la confusion et le doute chez certains Yéménites, que Dieu nous en préserve. Qays ibn Makchûḥ aspira alors au pouvoir au Yémen et œuvra en ce sens, apostasia, puis la majorité de la population yéménite le suivit. As-Siddîq écrivit alors aux chefs et notables du Yémen, leur ordonnant de se porter au secours de Fayrûz et des Abnâʾ contre Qays ibn Makchûḥ, jusqu’à l’arrivée prochaine de ses troupes.
Qays chercha à assassiner les deux derniers émirs, mais il ne réussit qu’à tuer Dâdhûyah, tandis que Fayrûz ad-Daylamî se protégea de lui. En effet, il agit de la sorte