Puis les musulmans se lancèrent à la poursuite des fuyards et les tuèrent à chaque point de passage(1) et sur toute route. Ceux qui s’étaient enfuis – ou la plupart d’entre eux – passèrent par la mer jusqu’à Dārīn(2), où ils embarquèrent à bord de navires.
Ensuite, al-ʿAlāʾ ibn al-Ḥaḍramī entreprit de répartir le butin et de transporter les charges lourdes, puis il en termina. Il dit alors aux musulmans : « Allons à Dārīn pour attaquer les ennemis qui s’y trouvent. » Ils acceptèrent aussitôt, et il marcha avec eux jusqu’au rivage de la mer pour embarquer sur les navires. Mais il constata que la distance était grande : s’ils prenaient la mer, ils n’atteindraient pas leurs ennemis avant que ceux-ci ne se soient déjà enfuis. Alors il s’avança dans l’eau avec son cheval en prononçant ces prières : « Ô Toi, le plus Miséricordieux des miséricordieux, ô Sage, ô Généreux, ô l’Unique, ô le Soutien(3), ô le Vivant, ô Celui qui donne la vie, ô Celui qui subsiste par Lui-même, ô Détenteur de la puissance et de la générosité, il n’y a de dieu que Toi, ô notre Seigneur. » Il ordonna à l’armée de répéter ces paroles, puis de traverser le fleuve. Ils s’exécutèrent et, par la permission de Dieu, ils passèrent le golfe comme s’ils marchaient sur un sable moelleux, recouvert d’un mince filet d’eau qui n’atteignait même pas le bas des sabots des chameaux ni les genoux des chevaux. Pourtant, si l’on avait dû naviguer, la traversée aurait duré un jour et une nuit. Ils franchirent ainsi la distance jusqu’à l’autre rive, combattirent leurs ennemis, les vainquirent, et s’emparèrent de leurs butins. Puis ils revinrent de la même manière, retournant à leur point de départ : le tout n’occupa qu’une seule journée. Ils ne laissèrent aucun survivant chez l’ennemi et emmenèrent femmes, enfants, troupeaux et biens. Les musulmans ne perdirent rien dans cette traversée, si ce n’est le fourrage(4) d’un cheval appartenant à l’un d’entre eux. Malgré cela, al-ʿAlāʾ revint et le lui rapporta.
Ensuite, il distribua le butin aux musulmans. Le cavalier reçut deux mille (pièces) et le fantassin mille, malgré le grand nombre de combattants présents. Al-ʿAlāʾ en informa aṣ-Ṣiddīq (Abou Bakr), qui lui répondit en le remerciant pour ce qu’il avait accompli.
Un homme parmi les musulmans, nommé ʿAfīf ibn al-Mundhir(5), composa à propos de leur traversée de la mer ces vers (mètre ṭawīl) :
« Ne vois-tu pas que Dieu a soumis la mer ;
Et qu’Il a infligé aux mécréants l’une des plus grandes calamités ?
Il nous a appelés à franchir la mer, et voilà qu’Il nous a offert
Ce qu’il y a de plus surprenant encore que la division des mers des premiers temps. »
S’ayf ibn ʿUmar at-Tamīmī(6) rapporte qu’il se trouvait alors avec les musulmans lors de ces campagnes et qu’il fut témoin des prodiges qu’accomplit al-ʿAlāʾ, par lesquels Dieu opéra Ses manifestations merveilleuses. Un moine originaire de Hajar se trouvait parmi eux ; il se convertit à l’islam sur le champ. On lui demanda : « Qu’est-ce qui t’a poussé à embrasser l’islam ? » Il répondit : « J’ai craint que Dieu ne me métamorphose si je ne le faisais pas, après avoir vu de tels signes. De plus, j’ai entendu au lever de l’aube une voix dans les airs qui invoquait : “Ô Dieu, Tu es le Très Miséricordieux ; il n’est de dieu que Toi, Toi le Créateur qui n’est précédé par rien, l’Éternel qui ne s’oublie pas, Celui qui ne meurt point, le Créateur de ce que l’on voit et de ce que l’on ne voit pas, et chaque jour…” »