Et qu’est-ce donc ? Alors Musaylima s’exclama : « Ô wabar, ô wabar (1), en vérité tu n’es qu’afflux et reflux, et tout le reste n’est que creusement et perforation (2). » Puis il dit : « Qu’en penses-tu, ô ‘Amr ? » Et ‘Amr lui répondit : « Par Dieu, tu sais très bien que je sais que tu mens. »
Les historiens (3) ont rapporté qu’il cherchait à imiter le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). Il avait appris que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) avait craché dans un puits et que l’eau de celui-ci s’était alors abondamment accrue. Musaylima cracha donc dans un puits dont l’eau s’assécha totalement ; il cracha dans un autre puits, dont l’eau devint saumâtre (4). Il fit ses ablutions, puis donna à boire de cette eau à des palmiers qui se desséchèrent et périrent. On lui amena des enfants pour qu’il invoque sur eux la bénédiction (5) ; il leur passa la main sur la tête, et certains devinrent chauves (6), d’autres perdirent la faculté de bien parler. On raconte même qu’il pria pour un homme souffrant d’un mal aux yeux, et qu’après avoir passé sa main sur eux, l’homme perdit la vue.
Seyf ibn ‘Umar (7) a relaté, d’après Khalid ibn Zafar an-Namrî, d’après ‘Umayr ibn Talha, d’après son père : Celui-ci se rendit à al-Yamâma et demanda : « Où est Musaylima ? » On lui répondit : « Tais-toi, c’est le Messager de Dieu. » Il rétorqua : « Je ne me tairai pas tant que je ne l’aurai pas vu. » Quand Musaylima se présenta, il lui dit : « Es-tu Musaylima ? » – « Oui », répondit-il. « Qui te visite (avec la révélation) ? » – « Le Tout-Miséricordieux (8). » – « Vient-Il dans la lumière ou dans l’obscurité ? » – « Dans l’obscurité. » Il déclara alors : « Je témoigne que tu es certes un menteur et que Muhammad est véridique. Seulement, le menteur de Rabî‘a nous est plus cher que le véridique de Mudar. » Cet Arabe fruste, que Dieu le maudisse, suivit donc Musaylima jusqu’à ce qu’il fût tué à ses côtés le jour d’Aqrabâ, à Dieu ne plaise.
Mention de l’apostasie des gens de Bahreïn et de leur retour à l’Islam (9) :
Voici le récit : le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) avait envoyé al-‘Alâ’ ibn al-Hadramî chez leur roi, al-Mundhir ibn Sâwâ al-‘Abdî, qui se convertit à l’Islam par son intermédiaire. Il établit alors parmi eux l’Islam et la justice. Quand le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) décéda, al-Mundhir mourut peu de temps après. C’est alors que ‘Amr ibn al-‘Âs se trouvait auprès de lui durant sa maladie. Al-Mundhir lui demanda : « Ô ‘Amr, le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) réservait-il une part de ses biens à celui qui était gravement malade ? » ‘Amr répondit : « Oui, le tiers. » – « Que dois-je en faire ? » poursuivit-il. – « Si tu le souhaites, distribue-le en aumône à tes proches ; si tu le veux, aux nécessiteux ; ou bien, si tu préfères, consacre-le comme aumône durable après ta mort (waqf), afin qu’il soit inviolable. » Al-Mundhir lui rétorqua : « Je n’aime pas cela. »