Le nombre total de ceux qui furent tués dans le verger et au cours de la bataille s’éleva à près de dix mille combattants. Certains avancent le chiffre de vingt et un mille. Du côté des musulmans, on compte six cents tués, ou cinq cents selon d’autres sources. Dieu seul le sait. Parmi les morts se trouvaient des notables parmi les Compagnons et d’autres personnalités éminentes qui seront évoquées plus tard.
Khalid quitta les lieux, suivi de Mujâ‘a ibn Marâra, lequel avançait difficilement sous le poids de ses fers. Khalid lui demanda de lui désigner Musaylima parmi les corps gisant çà et là. Quand ils passèrent devant al-Rajjâl ibn ‘Unfuwa, Khalid dit : « Est-ce lui ? » Mujâ‘a répondit : « Non, par Dieu, celui-ci vaut mieux que lui, c’est al-Rajjâl ibn ‘Unfuwa. » Selon Saïf ibn ‘Umar, ils croisèrent ensuite un homme de teint pâle et au nez busqué, Mujâ‘a déclara : « Le voici, c’est votre homme. » Khalid répliqua : « Que Dieu vous disgracie de l’avoir suivi ! »
Ensuite, Khalid envoya sa cavalerie autour de Yamâma pour récupérer les biens et capturer les prisonniers se trouvant près de ses forteresses. Il projeta alors de prendre d’assaut ces forteresses, où ne restaient plus que des femmes, des enfants et des vieillards. Mujâ‘a le trompa et affirma : « Elles sont pleines d’hommes et de combattants. Viens conclure avec moi un accord de paix. » Khalid, voyant l’état de fatigue des musulmans épuisés par de nombreux combats, se résolut à l’accepter. Mujâ‘a lui dit : « Laisse-moi aller vers eux pour qu’ils approuvent ce traité. » Khalid acquiesça. Mujâ‘a gagna alors les forteresses et ordonna aux femmes de revêtir des armures et de se poster au sommet des remparts. Khalid, voyant les créneaux remplis de têtes, les crut aussi garnis que l’affirmait Mujâ‘a, et il attendit l’accord de paix.
Khalid invita alors ces gens à embrasser l’islam, et ils s’y rallièrent tous sans exception, revenant à la vérité. Il leur restitua une partie des captifs et envoya les autres à Abou Bakr as-Siddîq. C’est à cette occasion qu’Ali ibn Abi Tâlib prit pour concubine une prisonnière de cette région, laquelle fut la mère de son fils Muhammad, connu sous le nom de Muhammad ibn al-Hanafiyya.
À propos de cette campagne de Yamâma, Dirâr ibn al-Azwar a récité :
« Si Jânûb était interrogée à notre propos, elle raconterait
La soirée où ‘Aqribâ’ et Malham furent inondés.
Les flots charrièrent, depuis la ramure de la vallée, les pierres
Qui rougirent du sang des ennemis.
En ce soir-là, ni les lances ni les flèches ne servaient plus à rien,
Seule l’épée bien acérée était efficace.
Si tu cherches des mécréants en dehors de Musaylima, ô Jânûb,
Je reste fidèle à la religion, car je suis musulman.
Je combats tant que le combat est un gain,
Et Dieu seul sait ce qu’il en est du combattant. »
Khalifa ibn Khayyât, Muhammad ibn Jarîr et nombre d’anciens ont déclaré : « La bataille de Yamâma eut lieu en l’an 11 (de l’Hégire). » Ibn Qâni‘ la situe à la fin de cette année, tandis qu’al-Wâqidî et d’autres la placent en l’an 12. Et Dieu est plus savant.