Abou Sa‘îd a rapporté : Le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) a dit à propos des trois paroles d’Ibrâhîm (Abraham) qu’il formula, qu’il n’y en avait aucune qui l’ait fait dévier de la religion de Dieu (1). Il s’agit de sa parole : « En vérité, je suis malade », de sa parole : « C’est le plus grand d’entre eux qui l’a fait », et de ce qu’il dit au roi quand celui-ci voulut s’en prendre à son épouse : « C’est ma sœur » (2).
La parole « C’est ma sœur » signifie : sœur dans la religion de Dieu. Quant à sa parole à son épouse : « Il n’y a pas de croyant sur terre en dehors de moi et de toi », il faut l’entendre comme : « pas d’autre couple croyant que toi et moi ». Il est nécessaire de l’interpréter ainsi, car Loth (que la paix soit sur lui) vivait également à cette époque, et c’était un Prophète.
Lorsqu’elle revint auprès de lui, il lui dit : « Ma hayyam ? », c’est-à-dire : « Qu’y a-t-il ? Quelles nouvelles ? » Elle répondit : « Dieu a repoussé la ruse des mécréants. » Dans une autre version, on lit : « la ruse de l’homme impie », faisant référence au roi, et il lui offrit une servante. Pendant tout le temps où Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) l’accompagna jusque chez le roi, il resta occupé à prier Dieu (Exalté soit-Il) et à L’implorer de détourner l’injustice de cet homme qui voulait nuire à son épouse, et de déjouer la malveillance de l’ennemi de Dieu. Elle-même fit de même : elle se mit en état d’ablution, pria et invoqua Dieu —comme il est rapporté— par cette grande invocation. C’est pourquoi le Très-Haut dit : « Et cherchez secours dans l’endurance et la Ṣalât » (Sourate al-Baqara, 2 : 45). Dieu la protégea et la préserva, dans Sa volonté de protéger Son serviteur, Son Messager, Son bien-aimé et Son ami intime, Ibrâhîm (que la paix soit sur lui).
Certains savants ont avancé que trois femmes auraient reçu la prophétie : Sâra, la mère de Mûsâ (Moïse) et Maryam (Marie), que la paix soit sur elles. Mais l’opinion la plus répandue est qu’elles étaient de grandes véridiques (ṣiddîqât), que Dieu les agrée et les honore.
J’ai lu dans certains récits qu’Allah —Gloire à Lui— aurait levé le voile séparant Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) et son épouse, de sorte qu’il ne cessa de l’observer depuis le moment où elle le quitta jusqu’à son retour. Il assistait à la scène alors qu’elle se trouvait chez le roi et voyait comment Dieu la préservait de lui, afin que cela le rassure entièrement et soit un soulagement pour son cœur, d’autant qu’il l’aimait profondément pour sa foi, son lien de parenté et sa beauté exceptionnelle. Il est dit en effet qu’il n’y eut pas, de Hawwâ’ (Ève) à son époque, de femme plus belle qu’elle (que la paix soit sur elle). Louange et gratitude à Dieu.
Certains historiens rapportent que le Pharaon d’Égypte de cette époque était le frère d’Ad-Daḥḥâk, un roi célèbre pour sa tyrannie, et qu’il gouvernait l’Égypte pour le compte de son frère. On dit qu’il s’appelait Sinân ibn ‘Ulwân ibn ‘Ubayd ibn ‘Uwayj ibn ‘Amlaq ibn Lâwudh ibn Sâm ibn Nûḥ.
Ibn Hichâm mentionne dans son ouvrage « At-Tijân » que celui qui voulut s’en prendre à Sâra était ‘Amrû ibn Imri’-Qays ibn Mâylon ibn Saba’, qui gouvernait alors l’Égypte, ce qu’a rapporté As-Suhailî. Dieu est plus savant.