Comme l’opinion d’Omar le suggérait, Khalid se rendit auprès d’Abou Bakr et lui présenta ses excuses. Abou Bakr les accepta, lui pardonna ce qui s’était passé et versa le prix du sang pour Malik ibn Nouwayra. Khalid sortit donc de chez Abou Bakr, tandis qu’Omar était assis dans la mosquée. Khalid l’interpella en disant : « Viens vers moi, ô fils de Umm Chamlah ! », mais il ne lui répondit pas, sachant que le Siddîq (Abou Bakr) avait déjà agréé Khalid. Abou Bakr le maintint à la tête de l’armée, même s’il avait jugé nécessaire de tuer Malik ibn Nouwayra et s’était trompé à ce sujet. De même, lorsque le Messager de Dieu – paix et salut soient sur lui – l’envoya chez les Banû Jadhîma, il exécuta des captifs qui s’écriaient : « Ṣaba’nâ ! Ṣaba’nâ ! »(1), alors qu’ils ne savaient pas s’exprimer correctement pour dire : « Nous nous sommes convertis. » Le Messager de Dieu – paix et salut soient sur lui – leur versa une indemnité et alla jusqu’à leur rendre le récipient (2) réservé au chien. Puis il leva les mains et dit : « Ô Seigneur, je me désolidarise de ce qu’a fait Khalid ! » Pourtant, il ne le démit pas de son commandement.
Concernant le meurtre de Musaylima le menteur – que Dieu le maudisse (3) –, lorsque le Siddîq (Abou Bakr) fut satisfait de Khalid ibn al-Walîd et l’excusa pour la raison qu’il avait avancée, il l’envoya combattre Banû Hanîfa à al-Yamâma. Les musulmans se mobilisèrent en masse avec lui, et Thâbit ibn Qays ibn Shammas commanda les Anṣâr. Khalid progressa en ne rencontrant aucun apostat sans le châtier sévèrement. Il croisa des cavaliers de Sajâḥ, les dispersa et ordonna leur expulsion de la péninsule Arabique. Abou Bakr renforça Khalid par un détachement pour le soutenir à l’arrière. Il avait déjà envoyé, avant Khalid, ‘Ikrima ibn Abî Jahl et Sharḥabîl ibn Ḥasana affronter Musaylima, mais ils ne purent résister aux Banû Hanîfa, qui comptaient près de quarante mille combattants. ‘Ikrima, s’étant dépêché d’attaquer avant l’arrivée de Sharḥabîl, les affronta et subit une défaite, puis il attendit Khalid.
Lorsque Musaylima apprit l’arrivée de Khalid, il se retrancha dans un lieu appelé ‘Aqrabâ, à la lisière d’al-Yamâma, la terre cultivée se trouvant derrière ses lignes. Il appela les gens au combat, les exhorta et rassembla les habitants de la région. Il plaça al-Muḥkam ibn aṭ-Ṭufayl et ar-Rajjâl ibn ‘Unfuwa ibn Nahshal sur les deux flancs de son armée. Cet ar-Rajjâl était l’ami qui avait prétendu avoir entendu le Messager de Dieu – paix et salut soient sur lui – déclarer que Musaylima ibn Ḥabîb partageait la mission prophétique. Cet homme maudit fut l’une des principales causes de l’égarement des gens d’al-Yamâma, qui suivirent alors Musaylima. Que Dieu les maudisse tous deux !
Ar-Rajjâl avait pourtant fait partie des délégations se présentant au Prophète – paix et salut soient sur lui –, il avait appris la sourate al-Baqara, puis, au temps de l’apostasie, il se rendit auprès d’Abou Bakr, qui l’envoya chez les gens d’al-Yamâma pour les appeler à Dieu et les affermir dans l’islam. Mais il apostasia et attesta de la prophétie de Musaylima. Sîf ibn ‘Umar (6) rapporte, selon Ṭalḥa, selon ‘Ikrima, d’après Abou Hourayra : « Un jour, je me trouvais auprès du Prophète – paix et salut soient sur lui – en compagnie d’un groupe parmi lesquels figurait ar-Rajjâl ibn ‘Unfuwa. Le Prophète – paix et salut soient sur lui – dit : “Il y a parmi vous un homme dont la molaire, en Enfer, sera plus grosse que la montagne Oḥud.” Tous les autres compagnons moururent (dans la foi) et il ne resta que moi. »