« Qu’en est-il de ton compagnon ? Ô Dirâr, coupe-lui la tête ! » On la lui trancha, puis on ordonna que sa tête fût placée entre deux pierres, sur lesquelles on posa un chaudron. Khalid mangea de ce qui y avait cuit cette nuit-là, afin d’intimider les bédouins, qu’ils fussent apostats ou autres.
On raconte que le feu continua de consumer la chevelure de Mâlik jusqu’à la cuisson complète de la viande dans le chaudron, sans toutefois parvenir à brûler tous ses cheveux, tant ils étaient abondants. Abû Qatâda s’entretenit avec Khâlid au sujet de son acte, et ils se disputèrent à ce propos, au point qu’Abû Qatâda alla se plaindre auprès d’as-Siddîq (Abû Bakr). ʿUmar s’adressa lui aussi à Abû Qatâda au sujet de Khâlid, et dit à as-Siddîq : « Révoque-le, car il y a de l’outrance dans son épée (1). » Mais Abû Bakr répondit : « Je ne rengainerai pas (2) une épée qu’Allah a dégainée contre les mécréants. »
Par la suite, Mutammim ibn Nuwayra se rendit auprès d’as-Siddîq pour se plaindre de Khâlid, soutenu par ʿUmar. Il récita alors à as-Siddîq les élégies composées pour son frère. Abû Bakr l’indemnisa (3) de ses propres deniers.
Parmi ce que Mutammim dit à ce sujet (mètre al-Ṭawîl) :
« Nous étions, durant un temps, comme les deux compagnons de Jadhîma, jusqu’à ce que l’on dît : ils ne se sépareront jamais.
Nous avons vécu dans l’aisance aussi longtemps que nous avons existé, et avant nous, la fatalité a anéanti les peuples de Kisrâ et de Tubbaʿ.
Mais lorsque nous fûmes séparés, c’est comme si, malgré nos longues années ensemble, je n’avais pas passé une seule nuit auprès de Mâlik. »
Il dit encore (mètre al-Ṭawîl) :
« Il m’a blâmé de pleurer, là-bas chez al-Qaʿûr, car mes larmes coulaient abondamment.
Il m’a dit : “Pleureras-tu chaque tombe que tu vois, comme celle de celui qui gît entre al-Liwâ et ad-Dakâdik (4) ?”
Je lui ai répondu : “La peine attise la peine ; laisse-moi donc, car tout cela est la tombe de Mâlik (5).” »
Ce qu’il faut retenir, c’est que ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb (qu’Allah l’agrée) n’a cessé de presser as-Siddîq (Abû Bakr) et de le pousser à destituer Khâlid de son commandement, répétant : « Son épée est marquée par l’excès. » Finalement, as-Siddîq fit venir Khâlid ibn al-Walîd à Médine. Celui-ci se présenta revêtu de sa cotte de mailles en fer, déjà rouillée par le sang, avec dans son turban des flèches maculées de sang. En entrant dans la mosquée, ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb lui arracha ces flèches et les brisa, l’accusant ainsi : « Tu as tué un homme musulman, par ostentation, puis tu t’es jeté sur sa femme ! Par Dieu, je te lapiderai à coups de pierres ! » Khalid ne lui répondit pas, pensant qu’as-Siddîq partageait son point de vue à son encontre.