Les musulmans s’étaient établis dans une partie de son territoire en attendant l’arrivée de Khâlid, comme on le verra plus loin. Il (Musaylima) envoya donc vers elle (Sajâh) afin de lui demander un sauf-conduit et de lui garantir qu’il lui donnerait la moitié de la terre qui appartenait à Quraych si celle-ci avait été équitable. « Dieu l’a rendue entre tes mains, disait-il, et t’en a favorisée. » Il échangea ensuite des messages avec elle pour convenir d’une rencontre à laquelle il se rendit en compagnie d’un groupe de quarante personnes de son peuple. Ils se retrouvèrent dans une tente. Lorsqu’il fut seul avec elle, il lui exposa ce qu’il lui avait promis, à savoir la moitié de la terre, et elle l’accepta.
Musaylima déclara alors : « Dieu a entendu celui qui L’écoute, et Il le comble de biens s’il en nourrit l’espoir. Et Sa décision reste toujours unie à tout ce qui réjouit. Votre Seigneur vous a regardés et vous a salués, Il vous a libérés de Son isolement. Et, le jour de Sa Religion, Il vous a sauvés et vous a fait vivre. Sur nous reposent les prières d’un groupe de justes, qui ne sont ni malheureux ni pervers, qui veillent la nuit et jeûnent le jour pour votre Seigneur Tout-Puissant, le Seigneur des nuées et des pluies. »
Il dit également : « Quand j’ai vu que leurs visages s’étaient embellis, que leurs peaux s’étaient purifiées, que leurs mains s’étaient allongées (2), j’ai déclaré : “Vous ne vous approchez pas des femmes, vous ne buvez pas de vin, mais vous êtes un groupe de gens vertueux, vous jeûnez. Gloire à Dieu, lorsque la vie se présente, comment vivez-vous ? Et vers la royauté du ciel, comment vous élevez-vous ? Fût-ce un grain de moutarde, un témoin serait là pour connaître ce qu’abritent les poitrines, et la plupart des gens y trouveraient alors leur perte (3).” »
Musaylima – que Dieu le maudisse – avait établi pour ses adeptes la loi suivante : le célibataire se marierait, et si un garçon lui naissait, les femmes lui seraient alors interdites, à moins que cet enfant ne vînt à mourir, après quoi elles redevenaient permises jusqu’à la naissance d’un autre fils. Telle était l’une des règles qu’il avait inventées de son propre chef – que Dieu le maudisse.
On raconte également que, lorsqu’il fut en tête-à-tête avec Sajâh, il lui demanda : « Qu’est-ce qui t’a été révélé ? » Elle répondit : « Est-ce que les femmes peuvent recevoir la révélation les premières ? Dis plutôt : qu’est-ce qui t’a été révélé à toi ? » Il dit : « N’as-tu pas vu comment ton Seigneur traite la femme enceinte ? Il en fait sortir un être qui se meut (d’entre ses) flancs épais (4) et ses entrailles vides. » Elle dit : « Et quoi d’autre ? » Il poursuivit : « Dieu a certes créé aux femmes des ouvertures (5), et a fait des hommes leurs époux. Nous y introduisons une courbe (6) en y pénétrant et nous la retirons quand nous le voulons, pour qu’ensuite elles nous produisent des rejetons. » Elle s’exclama : « Je témoigne que tu es un prophète ! » Alors il lui proposa : « N’aimerais-tu pas que je t’épouse, afin que, par mon peuple et le tien, je soumette les Arabes ? » Elle répondit : « Une étoile ! »
Il enchaîna alors (sur le mètre du hazaj) :
« Allons, lève-toi pour l’acte sexuel,
car la couche t’a été préparée.
Si tu le désires, alors dans la maison,
et si tu le désires, dans la chambre secrète.
Et si tu le désires, nous te prendrons,
et si tu le désires, sur quatre pattes. »