Dhibyân et ‘Abs s’attaquèrent à ceux de leurs rangs qui étaient musulmans et les tuèrent, et ceux qui se trouvaient derrière eux agirent de même. Alors Abou Bakr jura qu’il tuerait, dans chaque tribu, un nombre équivalent à celui des musulmans qu’ils avaient assassinés, et même davantage.
À ce sujet, Ziyâd ibn Hanẓala at-Tamîmî déclara :
[Du mètre al-wâfir]
« Le matin où Abou Bakr partit contre eux
Comme s’il s’avançait résolument vers la mort qui lui était permise,
Il fit peser sur leurs cous un lourd fardeau
Et laissa couler pour elles comme des cordes le sang de son propre être. »
Il dit aussi :
[Du mètre at-tawîl]
« Nous leur avons fait face en plein nord et ils furent renversés (1)
Comme des guerriers qui, nombreux (2), s’étaient abattus sur leur proie.
Ils ne tinrent pas bon lorsque la bataille s’éleva
Le matin où Abou Bakr s’avança, s’élevant avec ses hommes.
Nous surprîmes les Banû ‘Abs aux abords de Nibâj (3),
Et nous refoulâmes (4) Dhibyân d’un coup qui leur brisa l’échine (5). »
Cette bataille fut l’un des plus grands soutiens à la victoire de l’islam et de ses adeptes : le prestige des musulmans grandit dans chaque tribu, tandis que les mécréants furent abaissés dans chacune d’elles. Abou Bakr rentra à Médine, soutenu et vainqueur, sain et sauf, la victoire à la clé. Et, durant la nuit, parvinrent en ville les aumônes de ‘Adî ibn Hâtim, de Ṣafwân et du Zubraqân : l’une arriva en début de nuit, la deuxième au milieu, et la troisième à la fin. Chacune d’elles fut accompagnée d’un messager envoyé par l’un des chefs des convois. Celui qui annonça l’arrivée du convoi de Ṣafwân fut Sa‘d ibn Abî Waqqâṣ, celui du Zubraqân fut ‘Abd ar-Raḥmân ibn ‘Awf, et celui de ‘Adî ibn Hâtim fut ‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd, ou, selon certains, Abou Qatâda al-Anṣârî (6).
C’était soixante jours après le décès du Messager de Dieu (ﷺ). Quelques nuits plus tard survint alors le retour d’Oussâma ibn Zayd (7). Abou Bakr le désigna comme gouverneur de Médine, enjoignant à tous de laisser souffler leurs montures. Puis, Abou Bakr reprit la route, avec les mêmes hommes qui l’avaient accompagné lors de la bataille précédente, jusqu’à Dhû al-Qiṣṣa. Les musulmans lui dirent : « Retourne plutôt à Médine et envoie quelqu’un. » Il répondit : « Par Dieu, je ne le ferai pas, et je partagerai plutôt votre sort de ma propre personne. »
Il poursuivit ainsi, son armée sous les armes, jusqu’à Dhû Ḥassâ et Dhû al-Qiṣṣa, tandis qu’al-Nu‘mân, ‘Abd Allâh et Souwayd, fils de Muqarrin, demeuraient à leurs postes. Abou Bakr vint camper chez les habitants de la Rabadha, à al-Abraq, où se trouvaient un groupe des Banû ‘Abs, de Dhibyân, et une faction des Banû Kinâna. Le combat s’engagea, et Dieu jeta dans la déroute al-Ḥârith et ‘Awf. Al-Ḥuṭay’a fut fait prisonnier, et les Banû ‘Abs et Banû Bakr s’enfuirent. Abou Bakr resta quelques jours à al-Abraq, ayant soumis les Banû Dhibyân et conquis leur territoire.
Il déclara alors : « Il est interdit que les Banû Dhibyân reprennent le pouvoir sur ces contrées, car Dieu nous les a données en butin et nous les a protégées. »