Il plaça alors Abou Bakr As-Siddîq des gardes aux points stratégiques de Médine, de sorte que des troupes y passaient la nuit tout autour. Parmi les chefs de ces gardes figuraient : ‘Alî ibn Abî Tâlib, Az-Zubayr ibn al-‘Awwâm, Talha ibn ‘Abd Allâh, Sa‘d ibn Abî Waqqâs, ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf et ‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd. Des délégations arabes affluèrent ensuite à Médine, reconnaissant la prière mais refusant de s’acquitter de la zakât. Certains refusèrent de la verser à As-Siddîq.
On rapporte qu’une partie d’entre eux invoqua ce verset : « Prélève de leurs biens une aumône par laquelle tu les purifies et les bénis, et prie pour eux, car ta prière est pour eux une quiétude » (at-Tawba, 9 : 103). Ils disaient : « Nous ne remettrons notre zakât qu’à celui dont la prière nous procure la quiétude. » L’un d’eux récita ce vers de poésie (mètre at-tawîl) :
« Nous obéissions au Messager de Dieu lorsqu’il était parmi nous… Ô quelle surprise ! Qu’en est-il à présent de la royauté d’Abou Bakr ? »
Les Compagnons s’entretenirent avec As-Siddîq pour qu’il renonce à les contraindre au paiement de la zakât, espérant gagner leurs cœurs et consolider la foi en eux, afin qu’ils finissent plus tard par s’en acquitter. Mais Abou Bakr refusa catégoriquement cette proposition.
Les grandes collections de hadiths, sauf Ibn Mâjah (1), rapportent d’après Abou Hurayra qu’‘Umar ibn al-Khattâb dit à Abou Bakr : « Sur quoi vas-tu combattre les gens, alors que le Messager de Dieu (ﷺ) a déclaré : “Il m’a été ordonné de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils attestent qu’il n’y a de dieu que Dieu et que Muhammad est le Messager de Dieu. Dès lors qu’ils formulent cette attestation, ils préservent de moi leur vie et leurs biens, sauf pour une raison légitime” » ? Abou Bakr répondit : « Par Dieu, s’ils me refusaient ne serait-ce qu’une chevreau (et dans une autre version : une cordelette) qu’ils remettaient au Messager de Dieu (ﷺ), je les combattrai pour cela. La zakât est un droit dû sur les biens ; par Dieu, je combattrai quiconque établit une distinction entre la prière et la zakât. » ‘Umar poursuivit : « Aussitôt, je vis que Dieu avait ouvert la poitrine d’Abou Bakr à ce combat, et je reconnus que c’était la vérité. » J’ajoute : Dieu a dit en effet : « S’ils se repentent, accomplissent la prière et s’acquittent de la zakât, laissez-les aller » (at-Tawba, 9 : 5).
Il est également rapporté dans les deux Sahîh (2) que l’Islam est fondé sur cinq piliers : l’attestation qu’il n’est de dieu que Dieu et que Muhammad est le Messager de Dieu, l’accomplissement de la prière, l’acquittement de la zakât, le pèlerinage à la Maison sacrée et le jeûne de Ramadan.
L’historien Ibn ‘Asâkir relate, par deux chaînes de transmission, d’après Shababa ibn Sawwâr, d’après ‘Isâ ibn Yazîd al-Madînî, d’après Sâlih ibn Kaysân, que lorsque l’apostasie eut lieu, Abou Bakr se leva devant les gens, loua Dieu et Le remercia, puis il déclara : « Louange à Dieu qui a guidé et dispensé Sa suffisance, qui a pourvu et enrichi. Dieu a envoyé Muhammad (ﷺ) alors que la science était dispersée, et l’islam, étranger et rejeté. Le lien de la religion s’était distendu, son alliance était usée, et les gens s’en étaient égarés. Dieu a décrié les Gens du Livre et ne leur a accordé aucun bien en récompense d’un bien qu’ils auraient, ni détourné d’eux un mal en punition d’un mal qu’ils portaient. Ils ont altéré leur Livre et y ont introduit ce qui n’en faisait pas partie. Quant aux Arabes, qui vivaient autrefois en sécurité, ils considèrent… »