La tranquillité régnait parmi eux en faveur de son gendre (1). Ils s’engagèrent à ses côtés dans cette entreprise et transmirent ce courrier aux fonctionnaires du Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), ainsi qu’à quiconque ils purent atteindre parmi la population. Ils convinrent de se réunir auprès de Qaïs ibn ʿAbd Yaghouth, émir de l’armée – il était en effet en colère contre al-Aswad, l’ayant méprisé et voulant le tuer –; de même, Fayrūz ad-Daylamī avait également perdu de son influence, tout comme Dādowayh. Lorsque Wabar ibn Yuḥannas informa Qaïs ibn ʿAbd Yaghouth (connu aussi sous le nom de Qaïs ibn Makshūḥ), il réagit comme si on lui tombait du ciel et accepta de participer à l’assassinat d’al-Aswad. Les musulmans s’accordèrent sur ce dessein et se lièrent par un pacte en ce sens.
Lorsqu’ils furent certains de leur projet, le démon d’al-Aswad éventa quelque chose de cette conspiration et mit al-Aswad au courant. Celui-ci convoqua Qaïs ibn Makshūḥ et lui dit : « Ô Qaïs, qu’affirme donc cet homme ? » Qaïs répondit : « Que dit-il ? » Al-Aswad poursuivit : « Il prétend que tu as tellement comblé Qaïs d’honneurs qu’il a fini par atteindre un rang égal au tien; puis il s’est tourné vers ton ennemi, a voulu te ravir ton pouvoir, et nourrit une intention traîtresse. Il dit aussi : “Ô Aswad, ô Aswad, quelle honte, quelle honte, si tu n’attaques pas Qaïs en premier ! Sinon il t’expropriera et prendra ta vie avant toi.” »
Qaïs jura alors qu’il ne complotait rien et déclara : « Par Celui qui porte le voile, tu as pour moi bien plus d’importance que je ne songe à te faire le moindre tort. » Al-Aswad lui répliqua : « Je ne te crois pas capable de traiter l’esprit de menteur. Il a dit vrai; il voit bien maintenant que tu regrettes ce qu’il a découvert. » Qaïs sortit de sa présence et rejoignit ses compagnons Fayrūz et Dādowayh, leur rapportant ce qui avait été dit et la réponse qu’il avait donnée. Ils dirent : « Nous sommes tous sur nos gardes. Que faire ? » Tandis qu’ils délibéraient, un émissaire d’al-Aswad vint les sommer de paraître devant lui.
Al-Aswad leur dit : « Ne vous ai-je pas élevés au-dessus de votre peuple ? » Ils répondirent : « Si, en effet. » Il poursuivit : « Alors qu’est-ce qui me parvient à votre sujet ? » Ils répondirent : « Accorde-nous ton pardon pour cette fois. » Il ajouta : « Veillez à ce que je n’entende plus rien sur vous, et je vous pardonnerai. » Ils sortirent, quasiment sans pouvoir prononcer un mot, tandis qu’il restait dubitatif à leur égard et qu’eux se trouvaient en grand péril.
Pendant ce temps, ils reçurent des lettres de ʿĀmir ibn Shahr, émir de Hamdān, et de Dhū Ẓulaym, Dhū Kalāʿ et d’autres émirs du Yémen, leur promettant l’obéissance et le soutien pour se dresser contre al-Aswad. C’est à ce moment que leur parvint la lettre du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) les exhortant à combattre al-Aswad al-ʿAnsī. Ils leur répondirent de ne rien entreprendre avant que l’affaire ne soit menée à terme (2).
Qaïs raconta : « J’entrai chez son épouse, Zādh, et lui dis : “Ô fille de mon oncle ! Tu connais le tort que cet homme a infligé à ton peuple, il a tué ton mari, fait couler le sang au sein de ton clan, et déshonoré les femmes. Es-tu disposée à le combattre avec nous ?” Elle demanda : “Qu’as-tu l’intention de faire ?” Je répondis : “Le chasser.” Elle rétorqua : “Ou le tuer ?” Je dis : “Oui, le tuer si nécessaire.” Elle conclut : “Par Dieu, je ne déteste personne au monde autant que lui ; il ne respecte aucun droit de Dieu ni aucune protection sacrée. Lorsque vous serez prêts, tenez-moi au courant et je vous informerai de ce qu’il en est.” »
« Je sortis donc et trouvai Fayrūz et Dādowayh qui m’attendaient, déjà décidés à se soulever. Nous venions à peine de nous concerter qu’al-Aswad m’appela. J’entrai auprès de lui, entouré de dix hommes de mon clan. Il me dit : “Ne t’avais-je pas révélé la vérité, et pourtant tu m’as répondu par le mensonge ? Il (l’esprit) prétend que tu répètes : ‘Ö quelle honte, quelle honte ! Si tu ne coupes pas la main de Qaïs, il te tranchera la tête avant que tu ne puisses réagir !’” Je crus qu’il s’apprêtait à me tuer sur-le-champ. Je lui dis : “Rien de cela n’est vrai. Si ta famille et toi êtes bien les messagers de Dieu, alors qu’on me tue est pour moi préférable à subir mille morts.” »