Lorsque la lettre parvint à Kisrâ, il dit : « Qu’est-ce donc ? » Ils répondirent : « C’est un écrit venu de la part d’un homme qui se trouve dans la Péninsule Arabique et qui prétend être Prophète. » Lorsqu’il ouvrit la lettre et constata que son expéditeur y avait placé son nom avant celui de Kisrâ, Kisrâ entra dans une violente colère ; il saisit l’écrit et le déchira avant même de le lire. Il écrivit alors à son gouverneur au Yémen – qui s’appelait Bâdhân (1) : « Or donc, dès que ma lettre te parviendra, envoie deux de tes émissaires à cet homme établi dans la Péninsule Arabique, qui prétend être Prophète, et fais-le moi parvenir enchaîné (2). »
Lorsque la lettre parvint à Bâdhân, celui-ci dépêcha deux émissaires avisés, en leur disant : « Allez à la rencontre de cet homme et observez qui il est. S’il n’est qu’un menteur, alors enchaînez-le pour l’emmener à Kisrâ ; et s’il n’en est rien, revenez me dire ce que vous aurez constaté, afin que je détermine la conduite à tenir. » Ils se rendirent donc auprès du Messager de Dieu (ﷺ) à Médine. Ils le trouvèrent dans la meilleure et la plus sensée des conditions, et furent témoins de faits surprenants dont le détail serait long à rapporter. Ils demeurèrent un mois sur place, le temps de remplir la mission pour laquelle ils étaient venus, puis réclamèrent sa réponse.
Le Prophète (ﷺ) leur déclara alors : « Retournez auprès de votre maître et informez-le que, cette nuit, mon Seigneur a mis fin aux jours du sien. » Les deux hommes notèrent la date et revinrent en hâte au Yémen pour transmettre à Bâdhân les paroles du Prophète (ﷺ). Ce dernier dit : « Déterminez précisément cette nuit. Si les choses se confirment ainsi qu’il l’a annoncé, alors c’est un Prophète. » En effet, les missives venues de leur souverain indiquaient que Kisrâ avait été tué telle nuit, à la date exacte qu’avait donnée le Prophète (ﷺ) : il avait péri sous la main de ses propres fils. Pour cette raison, un poète dit (3) (du mètre al-wâfir) :
« Et Kisrâ que ses fils se partagèrent à coups d’épée,
comme on débite la chair en morceaux.
Les affres de la mort l’ont surpris un jour attendu :
toute grossesse, un jour, trouve son terme. » (4)(5)
Après lui, son fils Shîrawayh monta sur le trône et écrivit à Bâdhân : « Obtiens pour moi l’allégeance de tes administrés et va trouver cet homme : ne le malmène pas, mais honore-le. » Ainsi, l’Islam pénétra dans le cœur de Bâdhân et de ses enfants, ainsi que de ceux parmi les Perses qui résidaient au Yémen. Bâdhân envoya au Messager de Dieu (ﷺ) la nouvelle de sa conversion, et le Prophète (ﷺ) lui maintint l’intégralité du gouvernement du Yémen (6), sans le démettre jusqu’à son décès. Quand Bâdhân mourut, le Prophète (ﷺ) confia à son fils, Shahr ibn Bâdhân, le gouvernement de Ṣanʿâʾ et de quelques autres districts. Il envoya aussi plusieurs de ses Compagnons comme gouverneurs d’autres territoires : il expédia d’abord ‘Alî et Khâlid en l’an dix, puis envoya Mu‘âdh et Abû Mûsâ al-Ash‘arî, répartissant l’administration du Yémen entre plusieurs de ses Compagnons. Parmi eux figuraient Shahr ibn Bâdhân, ‘Âmir ibn Shahr al-Hamdânî sur Hamdân, Abû Mûsâ sur Ma’rib, Khâlid ibn Sa‘îd ibn al-‘Âṣ sur ‘Âmir Najrân, Raf‘ et Zabîd, Ya‘la ibn Umayya sur al-Janad, et enfin al-Tâhir ibn