Abou Bakr envoya l’armée d’Oussama Ibn Zayd à la fin de Rabiʿ al-Awwal. Le meurtre d’al-Aswad eut lieu également à la fin de Rabiʿ al-Awwal, après le départ d’Oussama. Ce fut la première victoire remportée par Abou Bakr alors qu’il se trouvait encore à Médine.
Description de sa sortie, de son intronisation et de sa mise à mort :
Nous avons déjà mentionné que le Yémen appartenait au royaume de Himyar, dont les rois portaient le titre de « Tubbʿa ». Nous en avons parlé en partie lors du récit de l’époque préislamique.
Plus tard, le roi d’Abyssinie envoya deux de ses commandants, Abraha l’Ashram et Aryat, qui s’emparèrent du Yémen aux dépens des Himyarites, établissant ainsi l’autorité abyssinienne sur le pays. Un différend opposa ensuite ces deux commandants, se soldant par la mort d’Aryat. Abraha exerça alors seul le pouvoir, et il bâtit une église appelée « al-Qullays » (1) – nommée ainsi en raison de sa grande hauteur. Il entendait rediriger le pèlerinage des Arabes vers cette église au lieu de la Kaaba. Mais un homme de Qouraych vint la profaner ; quand Abraha l’apprit, il jura de détruire la Maison sacrée de la Mecque. Il marcha donc sur elle, accompagné de ses soldats et de l’éléphant nommé Mahmoud, et il leur advint ce que Dieu a rapporté dans Son Livre.
Comme cela a déjà été relaté en détail, Abraha revint avec le reste de ses troupes dans un état misérable et subissant un échec cuisant. Ses membres se détachaient peu à peu, et lorsqu’il arriva à Sanaa, sa poitrine se fendit et il mourut. Son fils Yaksoûm (2) ibn Abraha lui succéda, puis ce fut son frère Masroûq ibn Abraha. On rapporte que l’emprise de l’Abyssinie sur le Yémen dura soixante-dix ans.
Ensuite, Sayf ibn Dhi Yazan al-Himyari se souleva. Il alla demander l’aide de l’empereur (faysar) romain, qui la lui refusa en raison de la communauté de religion qu’il partageait avec les Abyssins (le christianisme). Sayf se tourna alors vers Chosroès, le roi des Perses, et le supplia de lui porter secours. Ils eurent entre eux plusieurs échanges, dont certains détails ont déjà été rapportés. Finalement, Chosroès envoya avec lui un groupe de prisonniers, sous la conduite de l’un d’eux appelé Wahrez. Ils délivrèrent le Yémen de la domination abyssinienne, défirent Masroûq ibn Abraha et le tuèrent. Entrant alors à Sanaa, ils confirmèrent Sayf ibn Dhi Yazan dans son rang de roi, suivant les traditions de ses pères. Les félicitations lui parvinrent de toutes parts, mais Chosroès nourrissait ses propres desseins sur le pays (3).
La situation demeura ainsi jusqu’à la mission prophétique du Messager de Dieu (ﷺ). Il vécut un temps à la Mecque puis émigra à Médine. Lorsque, plus tard, il envoya des courriers aux contrées voisines, les conviant à n’adorer qu’un Dieu unique sans associé, il écrivit notamment à l’intention de Chosroès, roi des Perses :
« Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ; de Muhammad, Messager de Dieu, à Chosroès, le grand roi des Perses : salut à qui suit la bonne voie. Ensuite, embrasse l’Islam et tu seras sauvé… » et ainsi de suite.