Ils partirent en campagne sans traverser le moindre clan arabe sans y semer la crainte. On disait : « Ces gens-là n’ont pas quitté leur peuple sans qu’ils ne jouissent d’une grande force. » Ils restèrent ainsi quarante jours – certains disent soixante-dix jours – puis repartirent sains et saufs, riches de butin. Ils revinrent alors, et Abou Bakr les équipa à nouveau, avec les tribus qu’il avait mobilisées pour combattre les apostats et ceux qui refusaient de s’acquitter de la zakât, comme il sera détaillé plus loin.
Seyf ibn ‘Oumar (1) rapporte, d’après Hichâm ibn ‘Ourwa, d’après son père : « Lorsque Abou Bakr fut désigné calife et que les Anṣâr se rassemblèrent au sujet de leur différend, il dit : “Que l’expédition d’Oussâma soit menée à terme !” Or les Arabes avaient apostasié, totalement ou partiellement, dans chaque tribu. L’hypocrisie (2) refit alors surface, tandis que le judaïsme et le christianisme relevèrent la tête. Les musulmans étaient tels un troupeau de brebis trempées (3) par une nuit hivernale, du fait de la disparition de leur Prophète (ﷺ), de leur petit nombre et de la multitude de leurs ennemis. Les gens lui dirent : “Ceux-là constituent la presque totalité des musulmans, et tu vois bien l’état de l’Arabie qui s’est dressée contre toi. Il ne convient pas de disperser la communauté musulmane en l’éloignant de toi.” Il répondit : “Par Celui qui tient la vie de Abou Bakr dans Sa Main, quand bien même je penserais que les bêtes féroces allaient me dévorer, j’accomplirais l’expédition d’Oussâma comme l’avait ordonné le Messager de Dieu (ﷺ). Et fût-il vrai qu’il ne reste plus que moi dans les villages, je l’exécuterais.” »
On rapporte également ce récit d’après Hichâm ibn ‘Ourwa, d’après son père, d’après ‘Â’isha ; ainsi que d’après Al-Qâsim et ‘Amra, d’après ‘Â’isha, qui a dit : « Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) mourut, les Arabes apostasièrent quasiment tous, et l’hypocrisie s’empara d’eux. Par Dieu, il s’abattit sur mon père une épreuve qui, si elle avait frappé les montagnes les plus solides, les aurait brisées (4). Les Compagnons de Muhammad (ﷺ) devinrent comme des chèvres (5) trempées dans un enclos (6), surprises par une nuit pluvieuse dans un pays infesté de bêtes sauvages (7). Par Dieu, chaque fois qu’un désaccord surgissait, mon père parvenait à en tirer sa part de profit, de réussite et d’éminence (8). » Puis, parlant de ‘Oumar, elle poursuivit : « Quiconque a vu ‘Oumar sait qu’il fut créé pour donner force à l’islam. Par Dieu, c’était un homme d’une rare sagacité (9), singulier en son genre ; il préparait chaque affaire selon ce qui lui correspondait (10). »
Le ḥâfiẓ Abou Bakr Al-Bayhaqî a dit : « Abou ‘Abd Allâh Al-Ḥâfiẓ nous a transmis, Abou Al-‘Abbâs Muḥammad ibn Ya‘qoub nous a rapporté… »