Quant à ce qui est rapporté au sujet de son allégeance renouvelée après la mort de Fâtima – la paix soit sur elle –, laquelle mourut six mois après son père (que Dieu prie sur lui et le salue), on l’interprète comme une seconde allégeance, qui dissipa la gêne née du différend à propos de l’héritage, après qu’il (Abû Bakr) en eut refusé la transmission, conformément à la parole explicite du Messager de Dieu (ﷺ) : « Nous ne laissons pas d’héritage ; ce que nous laissons est une aumône » (1). Ainsi que nous l’avons déjà exposé dans ses diverses chaînes de transmission et formulations, louange à Dieu.
Nous avons consigné ces différentes versions de manière exhaustive dans l’ouvrage que nous avons consacré à la biographie d’al-Siddîq (qu’Allah l’agrée), en y rapportant les hadiths qu’il a transmis du Messager de Dieu (ﷺ), ainsi que les jugements qui lui sont attribués, classés par sujets scientifiques. À Dieu reviennent la louange et la grâce.
Seyf ibn ‘Umar al-Tamîmî (2) rapporte, d’après Abû Damra, d’après son père, d’après ‘Âsim ibn ‘Adî, que le crieur public d’Abû Bakr proclama, le lendemain du décès du Messager de Dieu (ﷺ), afin de compléter l’expédition d’Oussâma : « Que nul parmi l’armée d’Oussâma ne demeure à Médine ; tous doivent rejoindre le camp établi à al-Jurf (3). »
Abû Bakr se dressa alors devant les gens, loua Dieu, Le glorifia et dit : « Ô gens, je ne suis qu’un homme comme vous, et je ne sais si vous allez m’imposer ce que seul le Messager de Dieu (ﷺ) pouvait supporter. En vérité, Dieu a élu Mohammad au-dessus des mondes et l’a préservé des fléaux ; pour ma part, je ne fais que suivre et ne suis pas un innovateur. Si je me tiens sur la bonne voie, alors donnez-moi votre allégeance ; mais si je m’en écarte (5), redressez-moi. Le Messager de Dieu (ﷺ) est mort, et nul parmi cette communauté ne peut réclamer de lui la moindre injustice, pas même un coup de fouet. Quant à moi, j’ai un démon qui peut m’assaillir ; si cela se produit, évitez-moi afin que je ne nuise ni à vos corps ni à vos peaux (6). Vous partez au matin et vous revenez au soir dans des termes de vie dont la science vous est cachée. Si vous pouvez faire en sorte qu’aucun jour ne se termine sans que vous ayez accompli une bonne action, faites-le, et vous n’y parviendrez que par la grâce de Dieu. Devancez donc le terme de vos vies avant que celles-ci ne vous livrent à l’interruption de toutes œuvres. Certains ont oublié que leur temps était compté et ont reporté leurs actes jusqu’après leur passage ; prenez garde de ne pas leur ressembler. Redoublez d’efforts, sauvez-vous, hâtez-vous (7), car il y a derrière vous un demandeur pressant, c’est-à-dire la mort, et votre échéance, son ordre est rapide. Craignez la mort, et prenez exemple sur vos pères, vos fils et vos frères. N’obéissez aux vivants que dans la mesure où vous obéiriez de la même manière aux morts. »
Il est rapporté qu’il se leva de nouveau, loua Dieu, Le glorifia, puis déclara : « Dieu n’accepte des œuvres que celles qui Lui sont dédiées. Recherchez donc le Visage de Dieu par vos actes, car vous n’êtes sincères que lorsque vous reconnaissez votre pauvreté et votre besoin. Ô serviteurs de Dieu, méditez sur ceux qui sont morts parmi vous, et réfléchissez à ceux qui vous ont précédés : où étaient-ils hier, et où sont-ils aujourd’hui ? Où sont les tyrans dont on louait jadis la force au combat ? »