Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Vers la terre que Nous avons bénie pour l’univers» (Les Prophètes, 21 : 71) renvoie à La Mecque. N’as-tu pas entendu Sa Parole : «En vérité, la première Maison qui ait été établie pour les gens, c’est bien celle de Bakka, bénie et guidée pour l’univers» (La Famille d’Imran, 3 : 96) ? Kaʿb al-Aḥbār prétendait qu’il s’agissait plutôt de Harran.

Nous avons déjà rapporté d’après les transmissions des Gens du Livre que lorsqu’il quitta la terre de Babel, Abraham partit avec son père, son neveu Loth, son frère Nahor, la femme d’Abraham, Sara, et la femme de son frère, Malka. Ils s’installèrent à Harran, où mourut Térakh, le père d’Abraham.

As-Suddī (2) rapporte ensuite qu’Abraham et Loth se dirigèrent vers le Cham (la Syrie). Abraham y rencontra Sara, qui était la fille du roi de Harran. Elle avait déjà dénoncé la religion de son peuple. Abraham l’épousa en posant pour condition de ne pas la faire changer de foi. C’est le récit transmis par Ibn Jarīr, et il est considéré comme étrange.

L’opinion la plus répandue est que Sara était la fille de son oncle paternel Hārān, à qui Harran doit son nom. Quant à ceux qui prétendent qu’elle était la fille de son frère Hārān et la sœur de Loth—ainsi que l’ont rapporté as-Suhaylī, cité par al-Qutaybī et an-Naqqāsh—ils se sont écartés de la vérité et ont parlé sans connaissance. Ils ont affirmé que le mariage avec la fille de son frère était alors permis, mais ils n’en ont aucune preuve. Et quand bien même cela aurait été autorisé à une certaine époque, comme l’indiquent certains rabbins juifs, les prophètes ne s’adonnent pas à de tels actes. Dieu est plus savant.

La tradition la plus connue veut qu’Abraham — que la paix soit sur lui —, après avoir émigré de Babylone, s’en soit allé avec Sara pour quitter son pays, conformément à ce qui a déjà été mentionné. Dieu sait mieux.

Les Gens du Livre rapportent que, lorsqu’il arriva en terre de Syrie, Dieu lui révéla : «Je donnerai cette terre à ta descendance après toi.» Alors Abraham construisit un autel pour Dieu afin de Le remercier de ce bienfait, et il dressa sa tente à l’est de la Maison sacrée (Bayt al-Maqdis). Puis il se mit en route vers le sud, mais survint la famine (pénurie, épreuve, cherté). Il s’installa donc en Égypte, où se produisit l’histoire impliquant Sara et le roi de ce pays. Abraham lui demanda de dire qu’elle était sa sœur. Les récits rapportent que ce roi lui offrit ensuite Hajar (Agar) comme servante. Puis il les laissa partir, et tous deux rentrèrent aux régions méridionales — c’est-à-dire la région de la Maison sacrée (Jérusalem) et ses environs — en emmenant bêtes, serviteurs et richesses.

Al-Bukhārī rapporte : «Muḥammad ibn Maḥbūb nous a raconté avoir entendu Ḥammād ibn Zayd dire, d’après Ayyūb, d’après Muḥammad, d’après Abū Hurayra, qu’Abraham ne mentit qu’à trois reprises. Deux de ces mensonges furent proférés pour l’amour de Dieu : sa parole “Je suis malade” (Les Rangés, 37 : 89), et aussi “C’est le plus grand d’entre eux qui l’a fait” (Les Prophètes, 21 : 63).» Il dit aussi : «Un jour, alors qu’il voyageait avec Sara, ils passèrent près d’un tyran. On avertit ce dernier en disant : “Il y a là-bas un homme avec une femme d’une grande beauté.” Le tyran envoya chercher Abraham et l’interrogea sur Sara. “Qui est cette femme ?”, demanda-t-il. Abraham répondit : “C’est ma sœur.” Puis il alla trouver Sara et lui dit : “Ô Sara, il n’y a sur terre aucun croyant hormis toi et moi…”»

(1) Rapporté par Ibn Abî Ḥātim, comme dans al-Dur al-Manthūr (5/643). (2) Rapporté par Ibn Jarīr dans le Tafsīr (9/45-46). (3) Ainsi dans la version B. Dans la version A : « sur son peuple leur religion ». (4) Ainsi dans les versions A et B, ainsi que dans le Tafsīr d’al-Ṭabarī (9/46) et en marge : « ainsi dans le texte original », tandis que dans le Tafsīr d’Ibn Kathīr c’est « à condition qu’il se sépare d’elle ». Le sens de « qu’il ne la change pas » est qu’il ne la répudie pas et ne contracte pas une autre union avec une autre femme sans son consentement.
﴿إِلَى الْأَرْضِ الَّتِي بَارَكْنَا فِيهَا لِلْعَالَمِينَ﴾ [الأنبياء: ٧١] مكة، ألم تسمع إلى قوله: ﴿إِنَّ أَوَّلَ بَيْتٍ وُضِعَ لِلنَّاسِ لَلَّذِي بِبَكَّةَ مُبَارَكًا وَهُدًى لِلْعَالَمِينَ﴾ [آل عمران: ٩٦] . وزعم (١) كعبُ الأحبار أنها حرَّان. وقد قدَّمنا عن نقل أهل الكتاب: أنَّه خرجَ من أرض بابلَ، هو وأبوه وابن أخيه لوط، وأخوه ناحور، وامرأة إبراهيم سارَة، وامرأة أخيه ملكا، فنزلوا حرَّان، فمات تارخُ أبو إبراهيمَ بها. وقال السُّدِّي (٢) : انطلقَ إبراهيم ولوط قِبَلَ الشَّام فلقِيَ إبراهيمُ سارَةَ - وهي ابنة مَلِكِ حرَّان - وقد طعنت على قومِها في دينهم (٣) ، فتزوَّجها على ألَّا يُغَيِّرَها (٤) . رواه ابن جرير وهو غريب. والمشهورُ أنها ابنة عمِّه هاران، الذي تُنسب إليه حرَّان، ومنْ زعمَ أنها ابنة أخيه هاران أخت لوط، كما حكاه السُّهيلي عن القُتَيبيِّ وَالنَّقَّاش، فقد أبعدَ النُّجْعَة، وقال بلا علم؛ وادَّعى أن تزويجَ بنت الأخ كان إذ ذاك مشروعًا، فليس له على ذلك دليل. ولو فُرِضَ أن هذا كان مشروعًا في وقتٍ كما هو منقولٌ عن الربَّانييِّن من اليهود، فإن الأنبياءَ لا تتعاطاه، واللّه أعلم. ثم المشهورُ أنَّ إبراهيمَ (عليه السلام) لمَّا هاجرَ من بابلَ خرجَ بسارَةَ مهاجرًا من بلاده كما تقدَّم، واللّه أعلم. وذكرَ أهلُ الكتاب أنَّه لما قدمَ الشام أوحى الله إليه: إني جاعل هذه الأرض لخلفك من بعدك فابتنى إبراهيمُ مذبحًا للّه، شكرًا على هذه النعمة، وضربَ قبَّته شرقي بيت المقدس، ثم انطلقَ مُرتحلًا إلى التيمُّن، وأنه كان جوعٌ، أي: قَحْطٌ وشِدَّةٌ وغَلاء، فارتحلَ إلى مصرَ، وذكروا قصَّة سارَة مع ملكها، وأن إبراهيمَ قال لها قولي: أنا أُختُه، وذكروا إخدامَ الملك إياها هاجرَ، ثم أخرجهم منها، فرجعوا إلى بلاد التَّيمن - يعني أرض بيت المقدس وما والاها - ومعه دوابُّ وعبيدٌ وأموال. وقد قال البخاري: حَدَّثَنَا محمد بن محبوب، حَدَّثَنَا حمَّاد بن زيدٍ، عن أيوب، عن محمد، عن أبي هريرةَ قال: لم يكذبْ إبراهيمُ إلا ثلاثَ كَذبات: ثنتان منهنَّ في ذاتِ اللّه، قوله: ﴿إِنِّي سَقِيمٌ﴾ [الصافات: ٨٩] ، وقوله ﴿بَلْ فَعَلَهُ كَبِيرُهُمْ هَذَا﴾ [الأنبياء: ٦٣] وقال: بينا هو ذات يومٍ وسارَةُ إذ أتى على جبَّار من الجبَابرة، فقيل له: هاهنا رجلٌ معه امرأةٌ من أحسن الناس، فأرسلَ إليه وسألَه عنها، فقال: منْ هذه؟ قال: أختي، فأتى سارَة، فقال: يا سارَةُ ليس على وجهِ الأرضِ مؤمنٌ غيري
(١) أخرجه ابن أبي حاتم كما في الدر المنثور (٥/ ٦٤٣). (٢) أخرجه ابن جرير في التفسير (٩/ ٤٥ - ٤٦). (٣) كذا في ب. وفي أ: على قومها دينهم. (٤) كذا في أ و ب وتفسير الطبري (٩/ ٤٦) وبهامشه: كذا في الأصل، وفي ابن كثير على أن يفرَّ بها. ومعنى: ألا يُغيِّرها: ألا يُطلِّقها، ولا يتزوج عليها غيرها إلا بإذنها.

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