Il ne s’agit que d’une pure polémique (1), qui en réalité équivaut à un aveu d’impuissance. En effet, le Khalil (Abraham) a fourni la preuve de l’existence du Créateur par l’apparition de ces phénomènes visibles, à savoir le fait de donner la vie aux êtres et de les faire mourir, démontrant l’existence d’un Auteur nécessairement à l’origine de tout cela, car ces événements ne peuvent se produire d’eux-mêmes. Il faut donc nécessairement un agent créateur de ces faits observables, qu’il s’agisse de leur origine et de leur mise au service de l’homme, ou encore de la mise en mouvement de ces astres, des vents, des nuages et de la pluie, ainsi que de la création de ces créatures dont nous constatons l’existence, avant d’en constater ensuite la mort. C’est à ce titre qu’«Abraham a dit : “Mon Seigneur est Celui qui donne la vie et la mort”» (Al-Baqara, 2 : 258).
Quant à la réplique de ce roi ignorant : «Moi, je donne la vie et je fais mourir» (Al-Baqara, 2 : 258), si par là il entendait être l’auteur de ces phénomènes observables, il reniait l’évidence et s’obstinait contre la vérité. Et s’il voulait dire ce qu’ont rapporté Qatada, As-Suddî et Muhammad ibn Ishaq, il n’avançait rien qui s’oppose à l’argument du Khalil, car il ne contestait aucune prémisse ni ne s’opposait à la preuve.
Du fait que l’inanité de la controverse de ce roi pouvait échapper à beaucoup de gens, qu’ils eussent assisté à la scène ou non, Abraham mentionna une autre preuve pour établir l’existence du Créateur et pour invalider le discours prétentieux de Nimrod, le démasquant au grand jour : «En vérité, c’est Dieu qui fait venir le soleil de l’Orient. Fais-le donc venir de l’Occident !» (Al-Baqara, 2 : 258). Autrement dit, ce soleil est chaque jour soumis à se lever à l’Est, comme l’a voulu son Créateur, qui en est le Maître et le Dominateur, Lui, Allah, il n’est de dieu que Lui, le Créateur de toute chose. Si tu es, comme tu le prétends, celui qui donne la vie et la mort, alors fais-le se lever à l’Ouest, car Celui qui donne la vie et la mort fait ce qu’Il veut, rien ne peut Le contrarier ni Le dominer, bien au contraire, Il a assujetti toute chose, et toutes choses Lui sont soumises. Donc, si tu es véritablement ce que tu affirmes, accomplis ce prodige. Et si tu ne le peux pas, alors c’est que tu n’es pas ce que tu prétends être, et tu sais parfaitement, comme tout un chacun, que tu ne pourras rien de tel. Tu es même plus faible et plus insignifiant que de créer un simple moustique ou d’en triompher. Ainsi, Abraham montra son égarement, son ignorance et sa fausseté dans ce qu’il prétendait, la vanité de sa démarche et de son épate devant les ignorants de son peuple. Il ne lui resta aucune parole pour répondre au Khalil ; il renonça et se tut.
C’est pourquoi Dieu dit : «Le mécréant fut alors confondu, et Dieu ne guide pas les gens injustes» (Al-Baqara, 2 : 258).
As-Suddî (2) a rapporté que ce débat entre Abraham et Nimrod eut lieu le jour où Abraham sortit du feu : ils ne s’étaient pas rencontrés jusqu’alors, et cette controverse survint donc ce jour-là.
Abd ar-Razzâq a rapporté, d’après Ma`mar, selon Zayd ibn Aslam, que Nimrod possédait des réserves de nourriture, et que les gens se rendaient auprès de lui pour s’approvisionner. Abraham se présenta avec ceux qui venaient solliciter des vivres ; c’est alors que se tint entre eux cette controverse. Pourtant, à la différence des autres, Abraham ne reçut rien. Il repartit donc les mains vides et, une fois proche de sa famille, il emplit deux sacs d’un tas de terre, se disant : «Je vais occuper les miens à mon retour.» Parvenu sur place, il déposa ses affaires, puis s’allongea et s’endormit. Sara, son épouse, alla ouvrir les deux sacs et les trouva remplis d’une nourriture excellente. Elle en prépara un repas. Quand Abraham se réveilla