On a accordé à Jésus le pouvoir de ressusciter les morts. Il dit alors : « On a accordé à Muhammad le tronc d’arbre auprès duquel il prêchait jusqu’à ce qu’on lui eût préparé la chaire ; lorsqu’elle fut prête, le tronc gémit au point que l’on entendit sa voix. Voilà qui est plus grand que cela (1). »
Cette chaîne de transmission est authentique et remonte à l’imam Ash-Shafi‘i (qu’Allah lui fasse miséricorde). C’est ce que j’entendais souvent raconter par notre maître, le grand spécialiste du hadith Abou-l-Hajjaj al-Mirrî (qu’Allah lui fasse miséricorde), au nom d’Ash-Shafi‘i (qu’Allah lui fasse miséricorde), à qui Allah a accordé la plus noble demeure. S’il a dit « Voilà qui est plus grand que cela », c’est parce que le tronc n’est pas un objet prédisposé à la vie ; or, il manifesta un ressenti quand le Prophète (ﷺ) s’en détourna pour monter sur la chaire. Le tronc se mit à gémir et à pousser des plaintes semblables à celles d’une chamelle (al-‘ishâr) jusqu’à ce que le Messager de Dieu (ﷺ) descendît vers lui, l’enlaçât et le calmât, puis il se tut.
Al-Hassan al-Basrî a dit à ce sujet : « Ainsi, ce tronc a ressenti la nostalgie envers lui ; vous êtes donc plus en droit encore de manifester votre nostalgie à son égard. » Quant au retour de la vie dans un corps, qui l’avait déjà connue, par la permission de Dieu, il s’agit d’une chose grandiose. Pourtant, le fait d’être à l’origine de la vie et de la sensibilité dans un support qui n’y est pas habitué et qui n’en avait jamais bénéficié auparavant est encore plus étonnant et plus grand. Gloire à Dieu, Seigneur de l’univers !
Note : Le Messager de Dieu (ﷺ) possédait une bannière qu’il emportait lors des combats, et elle intimait la crainte aux cœurs de ses ennemis à un mois de distance. Il avait également une anaza (petite lance) que l’on portait devant lui ; s’il voulait prier en l’absence de mur ou de toute barrière, on la plantait devant lui. De même, il avait un bâton sur lequel il s’appuyait lorsqu’il marchait. C’est de ce bâton que Satiḥ parla en s’adressant à son neveu ‘Abd al-Masîḥ ibn Buqayla : « Ô ‘Abd al-Masîḥ ! Lorsque la récitation (du Coran) se multipliera, que paraîtra le détenteur du bâton et que le lac de Sâwa s’asséchera, alors la Syrie ne sera plus la Syrie de Satiḥ (2). »
C’est pourquoi le rappel de ces faits est très pertinent pour illustrer la vivification du bâton de Moïse, lequel fut transformé en serpent ; en ce sens, ces épisodes y ressemblent. Toutefois, ils sont multiples et se produisent dans plusieurs circonstances, tandis que le bâton de Moïse, bien qu’il ait été transformé plusieurs fois en serpent, reste un seul et même objet. Dieu est plus savant. Nous attirerons encore l’attention sur ce point lorsque nous évoquerons la résurrection des morts par la main de Jésus, car ce signe est plus extraordinaire, plus grand et plus manifeste. Dieu est plus savant.
Notre maître (qu’Allah lui fasse miséricorde) a également dit : « Quant au fait que Dieu parla directement à Moïse, il a été établi que la parole fut aussi adressée au Prophète (ﷺ) la nuit de l’Ascension, parallèlement à la vision, ce qui est plus explicite encore. En atteste la parole : “J’ai été interpellé : Ô Muhammad ! J’ai parachevé Mon obligation et allégé le fardeau de Mes serviteurs.” (3) Le reste de l’histoire l’indique aussi. Certains savants ont rapporté un consensus à ce sujet, mais j’ai constaté dans les propos d’al-Qâdî ‘Iyâd (4) qu’il mentionnait une divergence à ce propos. Dieu sait mieux. Quant à la vision, un désaccord bien connu oppose savants anciens et postérieurs : Abou Bakr Muhammad ibn Ishâq ibn Khuzayma, surnommé l’Imam des imams, l’a soutenue, tout comme al-Qâdî (5) ‘Iyâd et l’imam Mohyî ad-Dîn an-Nawawî (6). »