Ce texte a été rapporté par l’imam Aḥmad et déclaré authentique par al‑Tirmidhī (1), ainsi que par al‑Bayhaqī et al‑Bukhārī dans son Tārīkh, d’après la transmission d’Abū Ẓabiyān Ḥuṣayn ibn al‑Mundhir, rapportée par Ibn ʿAbbās. Il raconte qu’un bédouin vint voir le Messager de Dieu (ﷺ) et lui demanda : « Par quoi pourrai‑je reconnaître que tu es bien le Messager de Dieu ? » Il (le Prophète) répondit : « Que dirais‑tu si j’appelais cette grappe de dattes qui pend à ce palmier ? Attesterais‑tu alors que je suis le Messager de Dieu ? » Il répondit : « Oui. » Le Prophète appela donc la grappe : elle descendit du palmier jusqu’à choir au sol, puis se mit à sautiller jusqu’à ce qu’elle atteigne le Messager de Dieu (ﷺ). Ensuite, il lui dit : « Retroune à ta place », et voilà qu’elle s’en retourna jusqu’à rejoindre son emplacement. L’homme déclara : « Je témoigne que tu es le Messager de Dieu », puis il embrassa la foi (2).
Telle est la formulation qu’en donne al‑Bayhaqī, où l’on voit clairement que c’est le bédouin lui‑même, un homme de Banū ʿĀmir, qui a attesté la véracité du message. Toutefois, dans une version rapportée par al‑Bayhaqī selon la voie de l’Aʿmach, d’après Sālim ibn Abī l‑Jaʿd, d’après Ibn ʿAbbās (qu’Allah l’agrée), on raconte qu’un envoyé vint trouver le Messager de Dieu (ﷺ) et lui dit : « Qu’est‑ce donc que prétendent tes compagnons ? » Le Prophète — autour de qui se trouvaient des grappes et des arbres — répondit : « Souhaites‑tu que je te montre un signe ? » Il répondit : « Oui. » Le Prophète appela alors une branche, qui s’approcha en raclant la terre jusqu’à se dresser devant lui, puis elle se prosterna et releva la tête à plusieurs reprises avant qu’il n’ordonne son retour à sa place. Le « ʿĀmirī » (l’homme de Banū ʿĀmir) s’en alla, en disant : « Ô Banū ʿĀmir ibn Ṣaʿṣaʿa, par Dieu, désormais je ne le démentirai jamais dans quoi que ce soit (3). »
Les récits antérieurs, tels qu’on les trouve chez al‑Ḥākim dans son Mustadrak, où il est le seul à relater cette version, viennent d’Ibn ʿUmar : le Messager de Dieu (ﷺ) appela un homme à entrer en islam. Celui‑ci demanda : « As‑tu un témoin pour ce que tu dis ? » Le Prophète répondit : « Cet arbre en est témoin. » Il appela donc l’arbre, qui se trouvait sur la rive du vallon : l’arbre avança en raclant la terre, vint se mettre devant lui, et le Prophète l’interrogea à trois reprises ; il rendit alors témoignage que tout se passait bien ainsi. Puis il regagna son emplacement, tandis que l’homme repartait auprès des siens en disant : « S’ils me suivent, je reviendrai avec eux vers toi ; et s’ils ne me suivent pas, je reviendrai tout de même et resterai avec toi (4). »
Quant au tronc (jidhʿ) du palmier, contre lequel le Messager de Dieu (ﷺ) se tenait pour prêcher avant qu’un minbar ne lui fût confectionné, il se mit à gémir lorsque le Prophète gravit ce nouveau siège pour son sermon. Il gémit comme une chamelle venant de mettre bas, au vu et au su de la multitude présente un vendredi, et ne s’apaisa qu’une fois que le Prophète (ﷺ) fut descendu pour l’enlacer et le calmer. Il lui laissa alors le choix entre redevenir un rameau vert et frais ou être replanté au Paradis, afin que les amis de Dieu puissent se nourrir de ses fruits. Le tronc choisit d’être replanté au Paradis et se tut aussitôt. Il s’agit d’un ḥadīth (5) connu, rapporté par nombre de Compagnons, puis par des générations de Successeurs, et ainsi de suite. Il est donc tellement attesté que toute entente frauduleuse entre les narrateurs est exclue. C’est précisément ce qui permet d’affirmer que le hadith du gémissement du tronc est « mutawātir », car de nombreux Compagnons l’ont relaté, et après eux un nombre tout aussi grand de Successeurs, puis d’autres par la suite, rendant impossible toute invention concertée.