Il se rendit au four (tannour) et s’y assit, obéissant ainsi à l’ordre qu’elle lui avait donné. Quand ils allèrent le voir, ils le trouvèrent effectivement installé à l’intérieur. Alors, le cheikh Abou Sulaymân le prit par la main et le fit sortir, qu’Allah leur fasse miséricorde à tous deux (1).
Puis notre cheikh Abou al-Maʿâlî dit : « Quant au fait qu’Ibrâhîm – c’est-à-dire Abraham (– paix sur lui –) – aurait été jeté au moyen d’une catapulte (manjanieq), on en trouve un parallèle dans le récit rapporté au sujet d’al-Barâ’ ibn Mâlik, lors de l’affrontement contre Musaylima le menteur. Les partisans de Musaylima atteignirent un enclos (ḥâ’it ḥafîr), s’y retranchèrent et en fermèrent la porte. Alors al-Barâ’ ibn Mâlik dit : “Placez-moi sur un bouclier, hissez-moi au-dessus des lances et projetez-moi par-dessus le mur, à l’intérieur de la porte.” Ils firent comme il le demandait : ils le hissèrent, le jetèrent par-dessus la muraille, il tomba puis se releva et combattit les polythéistes en tuant dix d’entre eux, voire plus, jusqu’à ouvrir la porte aux musulmans, provoquant ainsi la défaite des polythéistes et la mise à mort de Musaylima.
J’ai exposé en détail les faits dans le récit de l’époque d’Abou Bakr as-Siddîq, lorsqu’il envoya Khâlid ibn al-Walîd pour combattre Musaylima et la tribu des Banû Hanîfa, qui comptaient près de cent mille hommes, voire davantage, alors que les musulmans n’étaient qu’environ treize mille. Quand ils en vinrent au combat, nombre de bédouins prirent la fuite. Les Émigrés (Muhâjirûn) et les Auxiliaires (Anṣâr) dirent : “Sépare-nous d’eux, ô Khâlid !” Il les distingua donc des autres, et leur effectif s’élevait alors à environ deux mille cinq cents hommes. Ils lancèrent l’assaut avec détermination et s’encourageaient (2) mutuellement en disant : “Ô compagnons de la sourate la Vache (al-Baqara) ! Aujourd’hui, la magie est anéantie !” Ils mirent ainsi l’ennemi en déroute avec la permission de Dieu, le contraignant à se réfugier dans un jardin surnommé le “Jardin de la mort”. Les assiégeant à l’intérieur, al-Barâ’ ibn Mâlik – frère aîné d’Anas ibn Mâlik – fit comme indiqué : on l’éleva au-dessus du rempart, porté par les pointes de lance. Parvenu au sommet, il se jeta sur l’ennemi, se releva aussitôt et continua à se battre seul contre eux. Finalement, il réussit à ouvrir la porte du jardin. Les musulmans y entrèrent en proclamant le takbîr, puis se dirigèrent vers le palais de Musaylima le menteur, lequel se tenait dehors, adossé à un mur. On disait de lui qu’il ressemblait à un chameau grisâtre de par la couleur de sa peau. C’est alors que Wahshî ibn Ḥarb al-Aswad – celui qui avait tué Ḥamza –, et Abou Dujâna, à savoir Simâk ibn Khurasha al-Anṣârî (ascendant de notre cheikh Abou al-Maʿâlî ibn az-Zamalkânî), le prirent pour cible. Wahshî le devança et lui lança sa lance de loin, le transperçant ; puis Abou Dujâna s’approcha et l’acheva avec son sabre. Une servante, postée en haut du château, s’écria alors : “Ô mon émir ! C’est l’esclave noir qui t’a tué !” On raconte que Musaylima – qu’Allah le maudisse – avait alors cent quarante ans. Il fait donc partie de ceux dont la longévité fut grande, mais dont l’agissement fut déplorable, qu’Allah l’enlaidisse !
Voilà ce que notre cheikh a rapporté au sujet d’Ibrâhîm al-Khalîl (– paix sur lui –). Quant au ḥâfiẓ Abou Nuʿaym, il a dit : “S’il est objecté que c’est Ibrâhîm qui fut honoré de l’‘amitié intime’ (al-khulla) en plus de la prophétie, alors sachez qu’Allah a aussi pris Muḥammad comme Khalîl (ami intime) et Ḥabîb (bien-aimé). Or le rang de ‘bien-aimé’ est plus tendre encore que celui d’ami intime.” Puis il rapporta, d’après Shuʿbah, d’après Abou Isḥâq, d’après Abou…"