Il laissa sa monture à la porte de la mosquée, puis entra et se mit à prier près d’un pilier. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb le remarqua, s’approcha de lui et lui dit : « Qui es-tu ? » Il répondit : « Je viens du Yémen. » ʿUmar demanda : « Qu’est devenu l’homme que le menteur a jeté au feu ? » Il répondit : « C’est ʿAbd Allāh ibn Thūb. » ʿUmar s’exclama : « Je te conjure par Dieu, es-tu cet homme ? » Il répondit : « Ô Dieu, oui. » Alors ʿUmar le serra dans ses bras en pleurant, puis l’amena et le fit asseoir entre lui et Abū Bakr al-Ṣiddīq. Il dit : « Louange à Dieu, qui ne m’a pas fait mourir sans me montrer, dans la communauté de Muḥammad (ﷺ), quelqu’un à qui il est arrivé ce qui est arrivé à Ibrāhīm, l’ami proche du Miséricordieux. »
Ismāʿīl ibn ʿAbbās raconta : « J’ai pu rencontrer des hommes de ces renforts qui nous parvenaient du Yémen, issus de Khowlān, [parmi lesquels], dans leurs plaisanteries, les Khowlāniyūn disaient aux ʿAnsiyyūn : “Votre homme, le menteur, a brûlé notre compagnon dans le feu, et cela ne lui a causé aucun tort.” (1) »
Le ḥāfiẓ Ibn ʿAsākir rapporta également, par plusieurs chaînes, d’après Ibrāhīm ibn Duḥaym : « Hishām ibn ʿAmmār nous a transmis ; al-Walīd nous a informés ; Saʿīd ibn Bashīr a rapporté, d’après Abū Bishr – Jaʿfar ibn Abī Waḥshiyya – qu’un homme de Khowlān embrassa l’islam, mais ses gens voulurent le ramener à l’incroyance et le précipitèrent dans un feu. Seule l’extrémité d’un de ses doigts s’abîma, n’étant pas lavée par ses ablutions. Il se rendit ensuite auprès de Abū Bakr qui lui dit : “Demande pardon pour moi.” L’autre répondit : “C’est toi qui en es plus digne.” Alors Abū Bakr répliqua : “Toi, on t’a jeté dans le feu et tu n’as pas brûlé.” Malgré cela, il demanda pardon pour lui, puis il partit en Syrie. Les gens l’assimilaient à Ibrāhīm (– paix sur lui –). Et cet homme est Abū Muslim al-Khawlānī. La présence de ce supplément dans le récit confirme qu’il ne l’obtint que par la bénédiction de son attachement à la Loi muhammadienne, purifiée et sacrée, comme il est dit dans le ḥadīth de l’intercession : « Dieu a interdit au Feu de consumer les endroits de la prosternation » (2).
Abū Muslim résida à Dāriyā, à l’ouest de Damas. Personne ne le devançait pour la prière du matin dans la grande mosquée de Damas. Il participait au jihād en terre byzantine. On lui attribue de nombreux états et nombreux prodiges. Sa tombe est célèbre à Dāriyā. Il est probable qu’il s’agisse de l’endroit où il avait l’habitude de se tenir. Quant au ḥāfiẓ Ibn ʿAsākir, il fait pencher la balance vers l’idée qu’il mourut en terre byzantine, sous le califat de Muʿāwiya ou, selon certains, du temps de son fils Yazīd, après l’an soixante (3). Dieu sait mieux.
On rapporte, par plusieurs chaînes, qu’Aḥmad ibn Abī l-Ḥawārī vécut un fait particulier : comme quelqu’un vint informer son maître, Abū Sulaymān al-Dārānī, que le four familial était déjà en flammes et que sa famille attendait ses instructions, il le trouva entouré de gens à qui il parlait. Il l’informa une première fois, puis une seconde, sans que celui-ci ne prête attention. Finalement, il l’informa en présence des personnes autour de lui. Abū Sulaymān lui dit alors : « Va, installe-toi dedans. » Aḥmad ibn Abī l-Ḥawārī alla donc s’asseoir dans le four allumé, et celui-ci devint pour lui fraîcheur et salut. Il y demeura jusqu’à ce qu’Abū Sulaymān eût terminé son entretien avec les gens. Il leur dit : « Levez-vous, allons voir Aḥmad ibn Abī l-Ḥawārī, car je pense qu’il… »