Il (1) rapporta alors le hadith d’Ibn Masʿūd, tel que nous l’avons déjà mentionné dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī et autres sources, concernant le moment où un groupe de notables de Quraysh déposa sur le dos du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), alors qu’il se prosternait auprès de la Kaʿba, les entrailles sanguinolentes de cette chamelle. Ils s’en amusèrent au point que certains se penchaient les uns sur les autres à force de rire. L’objet resta sur son dos jusqu’à ce que sa fille Fāṭima (qu’Allâh l’agrée) vînt l’en retirer. Elle se retourna ensuite contre eux et les insulta. Lorsque le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) acheva sa prière en saluant, il leva les mains en disant : « Ô Dieu, traite les notables de Quraysh comme ils le méritent. » Puis il nomma nommément : « Ô Dieu, traite Abū Jahl ibn Hishām, ʿUtba, Shayba, al-Walīd ibn ʿUtba, Umayya ibn Khalaf, ʿUqba ibn Abī Muʿayṭ et ʿAmāra ibn al-Walīd. »
ʿAbd Allāh ibn Masʿūd raconta : « Par Celui qui l’a envoyé avec la vérité, je les ai vus gisants, tués lors de la bataille de Badr, puis traînés jusqu’au puits, le puits de Badr. » De même, quand Quraysh avança le jour de Badr avec ses forces et ses effectifs (2), et que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) les vit, il leva les mains en disant : « Ô Dieu, voici Quraysh qui vient à Toi avec sa fierté et son arrogance, défiant Ton ordre et traitant Ton Messager de menteur ; ô Dieu, anéantis-les au matin !» (3). Ainsi, soixante-dix de leurs chefs furent tués (4) et soixante-dix autres faits prisonniers. Et s’Il l’avait voulu, Dieu les aurait tous anéantis jusqu’au dernier ; cependant, dans Sa tolérance et en honneur à la noblesse de Son Prophète, Il préserva d’entre eux ceux dont le décret divin avait déjà établi qu’ils finiraient par croire en Lui et en Son Messager (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui).
Le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) invoqua également contre ʿUtba ibn Abī Lahab, pour que Dieu lâche contre lui Son chien au Shām. C’est ainsi qu’un lion l’attaqua et le tua près de Wādī al-Zarqā, non loin de Busrā (5). Il existe bien d’autres exemples semblables — dont certains déjà cités et d’autres non mentionnés. De même, il (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) invoqua contre Quraysh la sécheresse durant sept années (6), à l’image des sept années de Yūsuf (Joseph). Ils furent si affamés qu’ils mangèrent de la peau mêlée de sang et des poils, ainsi que des os et toute autre chose disponible. Ils recoururent finalement à sa mansuétude, sa compassion et sa bonté. Il pria pour eux et Dieu les soulagea ; on leur accorda la pluie par la bénédiction (baraka) de son invocation.
L’imam et juriste Abū Muḥammad ʿAbd Allāh ibn Ḥāmid, dans son ouvrage « Dalāʾil al-Nubuwwah » – œuvre riche en témoignages – rapporte les faveurs accordées à Nūḥ (Noé, sur lui la paix) et explique que Muḥammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) reçut des faveurs analogues voire supérieures. Certes, lorsque le peuple de Nūḥ le persécuta outre mesure, se moqua de lui et refusa de croire au message qu’il leur apportait de la part de Dieu, il invoqua contre eux : « Seigneur, ne laisse pas sur terre un seul mécréant » (cf. s. Nūḥ, v. 26). Dieu exauça sa prière et Son châtiment noya ce peuple, si bien qu’aucun être vivant, humain ou animal, ne survécut hormis ceux qui avaient embarqué dans l’arche. Voilà une faveur dont bénéficia Nūḥ, dont la prière fut exaucée et dont la poitrine fut soulagée en voyant son peuple anéanti.
Nous disons : Muḥammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) reçut un bienfait similaire, lorsque Quraysh lui infligea ce qu’elle lui infligea de démentis et de mépris