Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

J’ai dit : L’éminent ẖāfiẓ, Abū al-Qāsim Ibn ʿAsākir, dans la biographie d’Abū Muslim ʿAbd Allāh ibn Thawb al-Khawlānī, rapporte cette histoire de manière plus détaillée, d’après la voie de Baqiyya ibn al-Walīd : « Mohammad ibn Ziyād m’a rapporté, d’après Abū Muslim al-Khawlānī, que lorsqu’il partait en expédition vers le pays des Byzantins et qu’il passait près d’une rivière, il disait : “Traversez au nom d’Allah.” Il passait alors devant eux, et ils franchissaient l’eau qui ne s’élevait guère plus haut que les genoux des bêtes, ou un peu plus, ou presque cela. Puis, lorsqu’ils avaient traversé, il disait aux gens : “Avez-vous perdu quelque chose ? Si quelqu’un a perdu quoi que ce soit, je m’en porte garant.” Un homme jeta alors volontairement sa sacoche (mikhlāta). Puis, une fois la traversée achevée, il dit : “Ma sacoche est tombée dans le fleuve.” Abū Muslim lui répondit : “Suis-moi.” Ils la retrouvèrent attachée à une branche dans la rivière. Il lui dit alors : “Prends-la.” (1)

Abū Dāwūd a également relaté ce récit, selon la voie d’Ibn al-Aʿrābī, d’après ʿAmr ibn ʿUthmān, d’après Baqiyya, avec la même chaîne. Puis Abū Dāwūd dit : « Mūsā ibn Ismāʿīl nous a transmis : Sulaymān ibn al-Mughīra, d’après Ḥumayd, a rapporté qu’Abū Muslim al-Khawlānī arriva un jour devant le Tigre (Dijla), dont les flots emportaient des troncs à cause de sa crue. Il s’arrêta, fit la louange d’Allah et L’exalta, puis évoqua la traversée de la mer par les Enfants d’Israël. Il stimula ensuite sa monture qui s’engagea dans l’eau, et les gens le suivirent jusqu’à ce qu’ils eussent traversé. Ensuite il dit : “Avez-vous perdu quelque bien ? Que j’invoque Allah pour qu’Il vous le restitue.” » (2)

Ibn ʿAsākir a rapporté par ailleurs, d’après une autre voie, que ʿAbd al-Karīm ibn Rashīd, le tenant de Ḥumayd ibn Hilāl al-ʿAdawī, déclara : « Mon cousin, fils du frère de mon père, m’a raconté : “Je suis parti en campagne avec Abū Muslim, à la tête d’une armée. Nous sommes arrivés devant un fleuve tumultueux et impressionnant. Nous avons demandé aux habitants du village voisin : ‘Où est le gué ?’ Ils nous ont répondu : ‘Il n’y a jamais eu de gué à cet endroit, mais il en existe un à deux journées de marche plus bas.’ Alors Abū Muslim dit : ‘Ô Allah, Tu as fait traverser la mer aux Enfants d’Israël. Nous sommes Tes serviteurs engagés dans Ta voie. Fais-nous traverser ce fleuve aujourd’hui.’ Puis il ajouta : ‘Franchissez-le au nom d’Allah.’” Mon cousin raconta : “J’étais à cheval et je me suis dit : ‘Je vais être le premier à me lancer derrière son cheval.’ Par Allah, le niveau de l’eau n’a même pas atteint le ventre des chevaux et tous les hommes ont traversé. Abū Muslim s’arrêta ensuite et dit : ‘Ô vous, les musulmans ! Quelqu’un a-t-il perdu quoi que ce soit ? Que j’invoque Allah pour qu’Il le lui rende !’” » (3)

Tels sont les prodiges (karāmāt) accordés à ces saints hommes, et ils constituent, comme on l’a déjà souligné, des miracles (muʿjizāt) pour le Messager d’Allah (ﷺ), puisque ces saints n’ont obtenu ces faveurs que par la bénédiction de leur conformité à sa voie et par le bienfait de sa médiation. En effet, elles renferment un argument en religion et un précieux secours pour les croyants. Elles rappellent le miracle de Noé — sur lui la paix —, naviguant sur les flots à bord de l’arche qu’Allah lui avait ordonné de construire, de même que le miracle de Moïse — sur lui la paix —, lors du franchissement de la mer. Mais il y a ici quelque chose d’encore plus étonnant : d’une part, ils marchaient sur la surface de l’eau sans aucun support matériel, d’autre part, l’eau était un courant rapide, et il est encore plus extraordinaire de traverser une eau vive qu’une eau stagnante, bien que les eaux du Déluge fussent plus profondes et plus puissantes encore.

= Abū Muslim, le Tabi‘i, ascète de Dārān, décédé en 62 de l'Hégire.\n(1) Mentionné par Ibn Manẓūr dans le Mukhtasar Tārīkh Dimachq ; par al-Ḥāfiẓ Ibn ʿAsākir (12/59).\n(2) Mentionné par al-Ḥāfiẓ al-Dhahabī dans Siyar A‘lām al-Nubalāʾ (4/11) et Tārīkh al-Islām (3/104).\n(3) Mentionné par Ibn Manẓūr dans le Mukhtasar Tārīkh Dimachq (12/59).
قلت: وقد ذكر الحافظ الكبير، أبو القاسم، بن عساكر، في ترجمة أبي مسلم عبد الله بن ثوب الخَوْلاني هذه القصة بأبسط من هذا من طريق بقيَّة بن الوليد، حدَّثني محمد بن زياد، عن أبي مسلم الخولاني أنه كان إذا غزا أرض الروم فمروا بنهر قال: أجيزوا باسم الله، قال: ويمر بين أيديهم فيمرون على الماء، فما يبلغ من الدواب إلا إلى الركب، أو بعض ذلك، أو قريبًا من ذلك، قال: فإذا جازوا قال للناس: هل ذهبَ لكم شيء؟ من ذهبَ له شيء فأنا له ضامنٌ، قال: فألقى بعضهم مِخْلاةً عَمْدًا، فلما جاوزوا قال الرجلُ: مخلاتي وقعت في النهر، قال له: اتبعني، فإذا المِخْلاةُ قد تعلَّقت ببعض أعواد النَّهْر، فقال: خذها (١) . وقد رواه أبو داود: من طريق ابن الأعرابي عنه، عن عمرو بن عثمان، عن بقية، به. ثم قال أبو داود: حدَّثنا موسى بن إسماعيل، حدَّثنا سليمان بن المغيرة، عن حُميد: أن أبا مسلم الخولاني أتى على دجلةَ وهي ترمي بالخشب من مَدِّها، فوقفَ عليها، ثم حَمِدَ الله وأثنى عليه، وذكرَ مسيرَ بني إسرائيل في البحر، ثم لهزَ دابَّه فخاضتِ الماءَ، وتبعَه النَّاسُ حتى قطعُوا، ثم قال: هل فقدتُم شيئًا من مَتاعِكُم فأدْعُو الله أن يَردَّه عليَّ (٢) ؟. وقد رواه ابنُ عساكر: من طريق أخرى عن عبد الكريم بن رشيد عن حُميد بن هلال العدوي، حدَّثني ابن عَمِّي أخي أبي، قال: خرجت مع أبي مسلم في جيش فأتينا على نهر عجاج منكر، فقلنا لأهل القرية: أين المخاضة؟ فقالوا: ما كانت ها هنا مخاضة قطُ ولكن المخاضة أسفل منكم على ليلتين، فقال أبو مسلم: اللَّهُمَّ أجزتَ بني إسرائيل البحرَ، وإنا عبيدك وفي سبيلك، فأجزنا هذا النهرَ اليوم، ثم قال: اعبُروا باسم الله، قال ابن عَمَّي: وأنا على فرس، فقلت: لأدفعنَّه أوَّل النَّاس خلفَ فرسِه، قال: فواللّه ما بلغَ الماءُ بطونَ الخيل، حتَّى عبرَ النَّاسُ كلُّهم، ثم وقفَ فقال: يا معشر المسلمين! هل ذهبَ لأحدٍ منكم شيءٌ فأدعو الله تعالى أن يردَّه (٣) ؟. فهذه الكراماتُ لهؤلاء الأولياء، هي معجزات لرسول اللّه ﷺ كما تقدَّم تقريره، لأنهم إنما نالوها ببركة متابعته، ويُمْن سفارته، إذ فيها حجة في الدين، وحاجةٌ أكيدةٌ للمسلمين، وهي مشابهة لمعجزة نوح (عليه السلام) في مسيره فوقَ الماء بالسفينة التي أمره الله تعالى بعملها، ولمعجزة موسى (عليه السلام) في فَلْقِ البحر، وهذه فيها ما هو أعجب من ذلك، من جهة مسيرهم على متن الماء من غير حائل، ومن جهة أنه ماء جار والسير عليه أعجبُ من السير على الماء القَارِّ الذي يُجاز، وإن كان ماء الطوفان أَطمَّ وأعظم،
= أبو مسلم، التابعي، الدارانيُّ الزاهد، المتوفى سنة ٦٢ هـ. (١) ذكره ابن منظور في مختصر تاريخ دمشق؛ للحافظ ابن عساكر (١٢/ ٥٩). (٢) ذكره الحافظ الذهبي في السير (٤/ ١١) وتاريخ الإسلام (٣/ ١٠٤). (٣) ذكره ابن منظور في مختصر تاريخ دمشق (١٢/ ٥٩).

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