La parole au sujet de ce qui fut accordé à Noé (que la paix soit sur lui). Dieu – Exalté soit-Il – a dit : « Il invoqua alors son Seigneur : “Je suis dominé, viens à mon secours !” (v. 10) Nous avons alors ouvert les portes du ciel à des pluies torrentielles (v. 11), et fait jaillir de la terre des sources ; et les eaux se rencontrèrent selon un décret déjà fixé (v. 12). Nous l’avons transporté (Noé) sur [un vaisseau] fait de planches et de clous (v. 13), lequel voguait sous Nos yeux, en récompense pour celui qui fut renié (v. 14). Nous l’avons laissée comme un signe. Y a-t-il donc quelqu’un pour se rappeler ? (v. 15) » [Al-Qamar, 10-15].
L’histoire a déjà été évoquée en détail au début de ce livre, expliquant comment il invoqua contre son peuple : Dieu le sauva, lui et ceux qui le suivaient parmi les croyants, sans que personne d’entre eux ne pérît ; quant aux négateurs qui s’opposèrent à lui, ils furent noyés, et nul ne fut épargné parmi eux, pas même son propre fils (1).
Notre maître, le savant cheikh Abou al-Ma‘âlî Muhammad ibn ‘Alî al-Ansârî ibn az-Zamlakânî (2) a dit – et c’est de sa propre main que j’ai recopié : « Prouver que chaque miracle octroyé à un prophète le fut également pour notre Prophète, lorsque cela s’établit clairement, réclame une longue démonstration et des détails qui ne tiendraient pas dans de nombreux volumes. Toutefois, nous pouvons attirer l’attention sur certaines grandes choses pour en faire comprendre d’autres. Évoquons donc les plus remarquables miracles des prophètes (que la paix soit sur eux). Parmi ceux-ci figure le salut de Noé dans l’arche avec les croyants. Assurément, constater que l’eau peut porter des gens sans embarcation est plus extraordinaire encore que de naviguer en bateau. Nombre d’amis de Dieu ont effectivement marché à la surface de l’eau. L’exemple du compagnon du Messager de Dieu (ﷺ), al-‘Alâ’ ibn Ziyâd, l’illustre. »
On rapporte que Sahm ibn Minjâb a dit : « Nous avons mené une expédition avec al-‘Alâ’ ibn al-Hadrami à “Dârîn” (3). Il formula trois invocations qui furent exaucées. Nous étions arrivés en un lieu où nous cherchâmes de l’eau sans en trouver. Alors al-‘Alâ’ se leva, pria deux unités de prière et dit : “Ô Dieu ! Nous sommes Tes serviteurs, sur Ta voie, et nous combattons Tes ennemis. Ô Dieu ! Fais-nous parvenir une pluie dont nous puissions faire nos ablutions et nous abreuver, sans que personne d’autre que nous n’en tire profit.” Nous avançâmes légèrement et, aussitôt, un nuage apparut ; il déversa son eau puis s’éloigna du lieu même. Nous pûmes alors faire nos ablutions, remplir nos outres et prendre des provisions d’eau. J’ai moi-même rempli une gourde, que j’ai laissée sur place pour m’assurer que l’invocation avait bien été exaucée. Nous reprîmes notre route, puis, m’étant souvenu de ma gourde après quelques pas, je retournai sur les lieux : je trouvai le terrain complètement sec, comme s’il n’avait jamais reçu d’eau. Nous poursuivîmes jusqu’à ce que nous arrivions à Dârîn, séparés par la mer de ce lieu. Al-‘Alâ’ déclara alors : “Ô Toi, le Très-Haut, le Sage, l’Immense ! Nous sommes Tes serviteurs, sur Ta voie, et nous combattons Tes ennemis. Ô Dieu ! Ouvre-nous un passage vers eux.” Nous sommes donc entrés dans la mer sans que l’eau ne dépasse la hauteur de nos jarrets, et nous avons marché à sa surface sans que rien de nos affaires ne soit mouillé…” et il narra la suite du récit. »
Puis il conclut : « Cela est donc plus extraordinaire que de voguer en bateau, car il est habituel que l’eau porte un navire. C’est aussi plus impressionnant que ce qui s’est produit pour Moïse, lorsque la mer s’est fendue et que les siens ont marché sur la terre ferme : le miracle, dans ce cas, consistait au retrait des eaux. Ici, au contraire, l’eau acquit une consistance telle qu’on y marcha comme sur la terre. Or tout cela est rattaché au Prophète (ﷺ). »