Il (Abu al-‘Abbâs) entra vainqueur et portait sur la tête un casque (al-mighfar) surmonté d’un turban noir. Puis il envoya son oncle, ‘Abd Allâh ibn ‘Alî, combattre les Banû Umayya. Celui-ci les vainquit en l’an 132 de l’Hégire, et le dernier de leurs califes, Marwân ibn Muhammad ibn Marwân – surnommé Marwân al-Ḥimâr (l’Âne) –, s’enfuit du champ de bataille. On l’appelait aussi Marwân al-Ja‘dî, parce qu’il avait étudié auprès de Ja‘d ibn Dirham, dit-on. Son oncle (‘Abd Allâh) entra alors à Damas et s’empara de l’autorité, des biens et des richesses qu’avaient les Banû Umayya. Il s’ensuivit de nombreux événements dont nous rapporterons le détail à l’endroit approprié, si Dieu le veut.
Il est rapporté, de la part de plusieurs anciens (salaf), des propos concernant les drapeaux noirs qui surgiraient du Khorasan, trop longs à exposer ici. Nu‘aym ibn Ḥammâd les a recensés dans son livre. Dans certaines traditions, il est fait allusion au fait que ces drapeaux ne sont pas encore apparus et qu’ils surgiront à la fin des temps, comme nous le mentionnerons au moment voulu, si Dieu – Exalté soit-Il – le décrète. C’est en Lui qu’est notre confiance et c’est à Lui que nous nous en remettons.
‘Abd al-Razzâq rapporte, d’après Ma‘mar, d’après al-Zuhrî, que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) a dit : « L’Heure (du Jugement) ne surviendra pas avant que le monde ne soit entre les mains de kâ‘ ibn lakâ‘ (litt. : le vil fils du vil). » Abû Ma‘mar expliqua qu’il s’agirait d’Abû Muslim al-Khurâsânî, c’est-à-dire celui qui établit le pouvoir de la dynastie des Banû al-‘Abbâs.
Ce qui importe, c’est que le califat passa des Banû Umayya aux Banû al-‘Abbâs cette année-là (132 H). Le premier calife abbasside fut Abû al-‘Abbâs al-Saffâḥ, puis son frère Abû Ja‘far ‘Abd Allâh al-Manṣûr, bâtisseur de la ville de la Paix (Bagdad). Ensuite lui succéda son fils al-Mahdî, Muḥammad ibn ‘Abd Allâh, puis le fils de ce dernier, al-Hâdî, puis l’autre fils, Hârûn al-Rashîd, et le califat se répandit dans leur descendance, comme nous le verrons en détail lorsque nous parviendrons à ces époques.
Les ḥadîths que nous avons cités plus haut évoquaient al-Saffâḥ, al-Manṣûr et al-Mahdî. Sans aucun doute, cet al-Mahdî, fils d’al-Manṣûr et troisième calife abbasside, n’est pas le Mahdî dont parlent les hadiths unanimement reconnus, celui qui apparaîtra à la fin des temps pour remplir la terre de justice et d’équité après qu’elle aura été pleine d’injustice et d’oppression. Nous avons consacré à ce sujet un ouvrage indépendant, tout comme Abû Dâwud a dédié un livre dans ses Sunan au Mahdî. Il a déjà été mentionné dans quelques-uns des hadiths cités précédemment qu’il remettra le califat à ‘Îsâ ibn Maryam (Jésus fils de Marie) lorsqu’il descendra sur terre, et Dieu est plus savant.
Quant au Saffâḥ annoncé à la fin des temps, il est peu probable qu’il soit celui auquel on prêta serment en tant que premier calife abbasside. Il pourrait s’agir d’un autre calife, ce qui est l’avis le plus vraisemblable. En effet, Nu‘aym ibn Ḥammâd rapporte, d’après Ibn Wahb, d’après Ibn Lahî‘a, d’après Yazîd ibn ‘Amr al-Ma‘âfirî, d’après Tadûm al-Ḥimyarî, qui dit avoir entendu Tabi‘ ibn ‘Âmir affirmer : « Le Saffâḥ vivra quarante ans. Son nom dans la Torah est “l’Oiseau du Ciel” (ṭâ’ir al-samâ’). »
J’ajoute qu’il pourrait s’agir là d’une description du Mahdî qui apparaîtra à la fin des temps, en raison de l’abondance de sang qu’il, ou plutôt ses partisans, verseront – “yasfaḥu” voulant dire « répandre (le sang) » – pour établir la justice et la droiture. Quant aux drapeaux noirs mentionnés dans ces traditions – si elles sont avérées –, ils correspondraient à ceux qui accompagneront le Mahdî. Il serait alors d’abord proclamé à la Mecque et compterait parmi ses soutiens des hommes venus du Khorasan, semblables à ce qui advint autrefois pour al-Saffâḥ.