Alors l’ignorance à son sujet s’évanouit tout à fait. J’ai dit : Toutefois, le fait qu’il ait été témoin de l’affaire d’al-Ḥasan et de Muʿāwiya demeure douteux ; il se peut qu’il l’ait rapportée de quelqu’un sur qui l’on ne saurait s’appuyer. Dieu est plus savant.
J’ai interrogé notre maître, le ḥāfiẓ Abū l-Ḥajjāj al-Mizzī – qu’Allah lui fasse miséricorde – au sujet de ce ḥadith, et il a dit : « C’est un ḥadith répudiable (munkar). »
Quant à la déclaration de al-Qāsim ibn al-Faḍl – qu’Allah lui fasse miséricorde – affirmant qu’il avait calculé la durée de la dynastie des Banū Umayya, et qu’il l’avait trouvée être de mille mois, sans qu’elle ne dépasse ni ne manque d’un seul jour, cela est très étrange et sujet à caution. En effet, il est impossible d’inclure le califat de ʿUthmān ibn ʿAffān – qu’Allah l’agrée – qui dura douze ans, dans ce calcul, ni sur la forme ni sur le fond, car son règne est digne d’éloge : il fut l’un des califes bien-guidés et des imams rectement dirigés qui rendaient la justice selon la vérité et gouvernaient avec équité.
Ce ḥadith a pour but de réprouver leur dynastie, mais sa portée à cet égard demeure sujette à discussion, car il indique que « la Nuit du Destin (laylat al-qadr) vaut mieux que mille mois », c’est-à-dire la période de leur règne. Or la Nuit du Destin est une nuit bénie, d’un rang et d’une valeur immenses, tel que Dieu Tout-Puissant l’a décrite. Vouloir conclure de cette primauté qu’elle implique la réprobation de leur dynastie ne s’impose donc pas nécessairement. Qu’on y réfléchisse avec soin, car ce point subtil suggère que l’authenticité même de ce ḥadith est discutable, étant donné qu’il aurait été cité pour blâmer leurs jours, alors que Dieu est plus savant.
Quant à l’hypothèse selon laquelle le début de leur pouvoir daterait du moment où Muʿāwiya en hérita après al-Ḥasan ibn ʿAlī, cela survint l’an quarante ou quarante et un (de l’Hégire). Cette année-là fut appelée « l’année de l’union » (ʿām al-jamāʿa), parce que tout le peuple se rallia à un seul imam. Dans le Ṣaḥīḥ de al-Bukhārī, il est rapporté qu’Abū Bakra entendit le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) dire au sujet d’al-Ḥasan ibn ʿAlī : « Ce fils à moi est un seigneur. Peut-être Dieu établira-t-Il la réconciliation par son biais entre deux factions nombreuses de musulmans. »(1) Cela se produisit précisément cette année-là : à Dieu la louange et les bienfaits.
Le pouvoir demeura entre les mains des Banū Umayya de cette date jusqu’en l’an cent trente-deux, lorsque la dynastie passa aux Banū l-ʿAbbās, comme nous le mentionnerons(2). Au total, cela représente quatre-vingt-douze années, ce qui ne correspond pas à mille mois, puisqu’en moyenne mille mois équivalent à quatre-vingt-trois ans et quatre mois. S’il est rétorqué : « J’exclus le règne d’Ibn al-Zubayr, qui fut de neuf ans, et il reste donc quatre-vingt-trois ans », la réponse est que même en ôtant la période d’Ibn al-Zubayr, ce qui reste ne correspond pas exactement à mille mois au jour près, comme il l’a prétendu, mais seulement approximativement. Voilà un premier point.
Deuxièmement, le règne d’Ibn al-Zubayr s’est exercé au Ḥijāz, en Ahwāz et en ʿIrāq durant une partie de son temps, et également en Égypte selon certains. Les Banū Umayya conservèrent cependant la mainmise sur le Shām (la Syrie) et ne perdirent pas entièrement leur autorité à cette époque.
Troisièmement, ce raisonnement exigerait qu’on inclût le règne de ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz dans le calcul de la dynastie omeyyade. Or, d’après ce qu’il mentionne, cette période serait jugée comme répréhensible, ce que personne parmi les savants reconnus de l’Islam ne saurait soutenir ; ils déclarent au contraire explicitement qu’il fait partie des califes bien-guidés, au point qu’ils rattachent son époque à celle des califes orthodoxes