Qatâda a dit : « Al-Husayn fut tué le vendredi, jour de ‘Âshûrâ', l’an soixante et un de l’Hégire. Il avait alors cinquante-quatre ans, six mois et une quinzaine de jours. » Al-Layth, Abû Bakr ibn ‘Ayyâsh, al-Wâqidî, Khalîfa ibn Khayyât, Abû Ma‘shar et bien d’autres ont également affirmé qu’il fut tué le jour de ‘Âshûrâ' de la même année. Certains prétendent qu’il mourut un samedi, mais la première opinion est la plus correcte (1).
Ils ont rapporté nombre d’événements qui auraient eu lieu lors de sa mise à mort, comme l’éclipse du soleil ce jour-là – ce qui est peu fiable –, une altération des horizons, le fait que chaque pierre retournée aurait révélé du sang en dessous (certains le limitant aux pierres de Bayt al-Maqdis), que le wars (un colorant) se soit transformé en cendre, que la viande soit devenue semblable à de l’aloès amer et qu’elle contînt du feu, et d’autres récits encore. Certains de ces récits sont rejetés, d’autres laissent place au doute ; Dieu est plus savant.
Le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui), qui est le maître des fils d’Adam dans ce monde et dans l’au-delà, mourut sans qu’aucun événement de ce genre n’advienne. De même, Abû Bakr aṣ-Ṣiddîq lui succéda dans la mort sans que rien de tel ne se produise. Quant à ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb, il fut tué en martyr alors qu’il se tenait debout en train de prier l’aube dans le miḥrâb. ‘Uthmân fut assiégé dans sa demeure puis tué en martyr. Tout comme ‘Alî ibn Abî Ṭâlib, tué en martyr après la prière de l’aube. Rien de cela ne survint pour aucun d’eux. Dieu est plus savant.
D’autre part, Ḥammâd ibn Salama a rapporté d’après ‘Ammâr ibn Abî ‘Ammâr, d’après Umm Salama, qu’elle avait entendu les jinns gémir pour la mort d’al-Husayn ibn ‘Alî (2). Ce récit est authentique. Shahr ibn Ḥawshab a dit : « Nous étions auprès d’Umm Salama quand la nouvelle du meurtre d’al-Husayn lui parvint, et elle s’évanouit aussitôt. » (3)
La raison du meurtre d’al-Husayn est que les habitants d’Irak lui avaient écrit pour l’inviter à se rendre chez eux, afin de lui prêter serment d’allégeance comme calife. Les lettres affluèrent en nombre, aussi bien de la population en général que de son cousin Muslim ibn ‘Aqîl. Lorsque ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd, gouverneur d’Irak pour Yazîd ibn Mu‘âwiya, apprit la chose, il fit arrêter Muslim ibn ‘Aqîl, lui trancha la tête et jeta son corps du haut du palais devant les gens. Ceux-ci se dispersèrent et leur union se brisa. Al-Husayn, pour sa part, était déjà parti du Hijâz vers l’Irak, sans être informé de ce qui s’était passé. Il se mit en route avec sa famille et tous ceux qui l’avaient suivi, au nombre d’environ trois cents personnes.
Nombre de Compagnons l’en dissuadèrent, parmi eux Abû Sa‘îd, Jâbir, Ibn ‘Abbâs et Ibn ‘Umar, mais il ne les écouta pas. Ibn ‘Umar, en particulier, avait tenté de le convaincre de renoncer en avançant des arguments démontrant que son projet n’aboutirait pas, mais al-Husayn ne se laissa pas persuader. Al-Ḥâfiẓ al-Bayhaqî rapporte, d’après le ḥadîth transmis par Yaḥyâ ibn Sâlim al-Asadî – que relaie également Abû Dâwûd aṭ-Ṭayâlisî dans son « Musnad » – : « J’ai entendu ash-Sha‘bî dire : “Ibn ‘Umar arriva à Médine et apprit qu’al-Husayn ibn ‘Alî s’était dirigé vers l’Irak. Il le rattrapa à deux ou trois jours de voyage de Médine et lui demanda : ‘Où vas-tu ?’ Al-Husayn répondit : ‘Je pars pour l’Irak avec ces lettres et serments d’allégeance.’ Ibn ‘Umar lui dit : ‘N’y va pas.’ Al-Husayn insista : ‘Voici pourtant leurs lettres et leurs engagements.’ Ibn ‘Umar répliqua : ‘En vérité, Dieu a offert à Son Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) le choix entre ce monde et l’au-delà, il a choisi l’au-delà et non ce bas monde. Vous êtes vous-mêmes une partie du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui)…”’ » Et il poursuivit en soulignant qu’aucune autorité ne serait établie par ce biais.