Puis l’imam al-Bayhaqî rapporta, d’après la chaîne de transmission remontant à Mûsâ ibn ‘Uqbah, que celui-ci raconta : « Mon grand-père maternel, Abû Ḥabîbah, me dit qu’il était entré dans la maison où ‘Uthmân subissait le siège. Il entendit alors Abû Hurayrah demander à ‘Uthmân la permission de prendre la parole : ‘Uthmân l’y autorisa, et Abû Hurayrah se leva, loua Dieu et Le remercia, puis déclara : “J’ai entendu le Messager de Dieu (que Dieu le couvre de bénédictions et de saluts) dire : ‘Après moi, vous serez confrontés à la discorde et à la divergence.’” Quelqu’un parmi l’assistance lui demanda : “Qui sera notre modèle, ô Messager de Dieu ? Que nous ordonnes-tu ?” Il répondit : “Tenez-vous à l’homme de confiance et à ses compagnons.” Il faisait ainsi allusion à ‘Uthmân (1). »
L’imam Aḥmad le rapporta également (2), par la voie de ‘Affân, de Wuhayb, puis de Mûsâ ibn ‘Uqbah, selon la même chaîne de transmission. Deux autres témoignages attestant son authenticité avaient déjà été évoqués à propos du ḥadith de ‘Abd Allâh ibn Ḥawâlah, et Dieu sait mieux.
Puis l’imam Aḥmad (3) raconta : « ‘Abd al-Raḥmân nous a transmis, d’après Sufyân, d’après Manṣûr, d’après Raba‘î, d’après al-Barâ’ ibn Nâjiyah, d’après ‘Abd Allâh — c’est-à-dire Ibn Mas‘ûd —, que le Prophète (que Dieu le couvre de bénédictions et de saluts) a dit : “La meule de l’islam tournera pendant trente-cinq, ou trente-six, ou trente-sept ans. S’ils devaient périr, ils suivraient ainsi la voie de ceux qui ont péri auparavant, mais si leur religion se maintient, alors elle se maintiendra soixante-dix ans.” J’ai demandé : ‘Est-ce à partir de ce qui est déjà passé ou de ce qu’il reste à venir ?’ Il répondit : ‘De ce qu’il reste à venir.’” »
Abû Dâwud (4) le rapporta de son côté, par la voie de Muḥammad ibn Sulaymân al-Anbârî, auprès de ‘Abd al-Raḥmân ibn Mahdî, selon les mêmes transmetteurs. Aḥmad le rapporta ensuite par Isḥâq (5) et Ḥajjâj (6), d’après Sufyân, d’après Manṣûr, d’après Raba‘î, d’après al-Barâ’ ibn Nâjiyah al-Kâhilî, d’après ‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd, qui dit : « Le Messager de Dieu (que Dieu le couvre de bénédictions et de saluts) a déclaré : “La meule de l’islam cessera de tourner au bout de trente-cinq, ou trente-six, ou trente-sept ans. Si elle périt, alors ce sera sur la voie de ceux qui ont péri avant, et si leur religion se maintient, elle demeurera soixante-dix ans.” ‘Umar l’interrogea : “Ô Messager de Dieu, cela concerne-t-il ce qui est déjà passé ou ce qui reste ?” Il répondit : “Non, ce qui reste.”” Ya‘qûb ibn Sufyân le rapporta également, d’après ‘Ubayd Allâh ibn Mûsâ, d’après Isrâ’îl, d’après Manṣûr, selon la même chaîne, et ‘Umar lui posa la même question. »
Al-Bayhaqî (7) ajouta : « Isrâ’îl a corroboré le récit de l’A‘mash et de Sufyân al-Thawrî, tous deux rapportant de Manṣûr. » Il déclara aussi : « On m’a informé que ce ḥadith fait allusion à la discorde durant laquelle ‘Uthmân fut tué, en l’an trente-cinq, puis aux épreuves qui se produisirent sous ‘Alî. Les “soixante-dix ans” évoqués désigneraient le règne des Banû Umayya, car entre l’instant où leur pouvoir s’ancra fermement et l’apparition des partisans de la révolte au Khorassan – affaiblissant alors l’autorité omeyyade et y instillant la défaillance – il s’est écoulé environ soixante-dix ans. »