Anas raconta l’histoire, où il est fait mention que la mère d’as-Sâ'ib était une vieille femme aveugle (1).
Al-Bayhaqî déclara : « Il en est également fait rapport par un autre biais, en version mursal – c’est-à-dire avec une rupture dans la chaîne de transmission – de la part d’Ibn ‘Adî et d’Anas ibn Mâlik. » Puis il exposa le même récit d’après la transmission de ‘Îsâ ibn Yûnus, d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Awn, d’après Anas, qui dit : « J’ai été témoin, dans cette communauté, de trois événements qui, s’ils étaient survenus chez les Banû Isrâ’îl, auraient été colportés par toutes les nations. » Nous dîmes : « Quels sont-ils, ô Abû Hamza ? » Il répondit : « Nous étions dans la Suffa auprès du Messager de Dieu (ﷺ). Une femme émigra vers lui avec un fils déjà pubère. Il attribua la mère aux femmes et son fils parmi nous. Il ne fallut pas longtemps avant que l’épidémie de Médine ne le terrasse ; il tomba malade plusieurs jours, puis rendit l’âme. Le Prophète (ﷺ) lui ferma les yeux et ordonna de préparer son linceul. Lorsque nous voulûmes le laver, il dit : “Ô Anas, va informer sa mère.” Je la prévins. Elle vint, s’assit près de ses pieds, les prit dans ses mains puis dit : “Ô Seigneur, je T’ai soumis ma volonté, j’ai renié les idoles par conviction, et j’ai émigré vers Toi par désir (de Ton agrément). Ô Dieu, ne donne pas aux adorateurs d’idoles l’occasion de se réjouir à mon sujet, et ne m’inflige pas dans cette épreuve ce que je ne peux supporter.” » Anas raconta : « Par Dieu, à peine eut-elle fini de parler qu’il se mit à bouger les pieds, découvrit son visage et vécut jusqu’à ce que Dieu rappelle Son Messager (ﷺ), et jusqu’à la mort de sa mère elle-même.
Ensuite, ‘Umar ibn al-Khattâb prépara une armée et désigna al-‘Alâ’ ibn al-Hadramî à sa tête. Anas raconta : « Je participai à son expédition. Nous arrivâmes sur le lieu de notre combat et découvrîmes que nos adversaires, s’étant aperçus de notre venue, avaient effacé toute trace d’eau. La chaleur était ardente et nous souffrions cruellement de la soif, nos réserves d’eau étant épuisées. Nous étions un vendredi. Lorsque le soleil pencha vers son coucher, il nous fit prier deux unités, puis leva les mains vers le ciel, alors que nous ne voyions rien s’y profiler. Par Dieu, il n’avait pas encore baissé les mains que Dieu déclencha un vent, forma un nuage et déversa une pluie qui emplit les ravines et les vallées. Nous pûmes alors boire, abreuver nos montures et refaire nos provisions. Nous nous portâmes ensuite contre notre ennemi, qui avait franchi un bras de mer pour gagner une île. Al-‘Alâ’ s’arrêta au bord du bras et s’écria : “Ô Très-Haut ! Ô Majestueux ! Ô Indulgent, Ô Généreux !”, puis il dit : “Traversez au nom de Dieu.” Nous traversâmes et l’eau ne dépassa pas les sabots de nos montures. Peu de temps après, nous atteignîmes l’ennemi, le vainquîmes, fîmes des prisonniers et saisîmes du butin. Puis nous revînmes vers le bras de mer ; il répéta les mêmes paroles et nous retraversâmes, l’eau ne dépassant toujours pas les sabots de nos bêtes. Peu après, il fut emporté et on le mit en terre (2).
Anas poursuivit : « Nous creusâmes sa tombe, le lavâmes et l’enterrâmes. Une fois la sépulture achevée, un homme se présenta et demanda : “Qui est-ce ?” Nous répondîmes : “C’est le meilleur des hommes, c’est le fils d’al-Hadramî.” Il dit : “Cette terre repousse les cadavres ; vous feriez mieux de le transporter sur un à deux milles, vers une terre qui les accueille.” Nous dîmes : “Nous ne pouvons infliger pareille disgrâce à notre compagnon en l’exposant aux bêtes sauvages.” Nous tombâmes donc d’accord pour le déterrer. Mais lorsque nous ouvrîmes la fosse, nous constâtâmes que notre compagnon n’y était plus, et nous vîmes au loin la sépulture emplie d’une lumière scintillante. Nous rebouchâmes alors la tombe et reprîmes la route (3).”