Alors ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb dit : « Ô Messager de Dieu, permets-moi de me lever et de le tuer. » Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) répondit : « Ô ʿUmar, ne sais-tu donc pas que l’indulgent est tout proche d’être prophète ? » Puis il se tourna vers le bédouin et lui dit : « Qu’est-ce qui t’a poussé à tenir de tels propos, à dire ce qui n’est pas la vérité, et à ne pas m’honorer dans mon assemblée ? »
Le bédouin répliqua, affichant son mépris : « Tu veux encore m’adresser la parole ? Par al-Lât et al-ʿUzzâ, je ne croirai jamais en toi tant que ce lézard n’aura pas cru en toi. » Il sortit alors un lézard de sa manche, le jeta devant le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). Le Prophète s’adressa au lézard en disant : « Ô lézard ! » Et celui-ci répondit en une langue arabe claire, audible pour tous : « Me voici, tout à ton service, ô le meilleur de ceux qui comparaîtront au Jour de la Résurrection. »
Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) demanda : « Qui adores-tu, ô lézard ? » Le lézard répondit : « J’adore Celui dont le Trône est au ciel, dont la souveraineté s’étend sur la terre, dont la voie est dans la mer, dont la miséricorde est au Paradis et dont le châtiment est en Enfer. » Il poursuivit : « Qui suis-je, ô lézard ? » Le lézard dit : « Tu es l’Envoyé du Seigneur des mondes et le Sceau des prophètes. A réussi celui qui t’a cru, et a échoué celui qui t’a traité de menteur. »
Alors le bédouin s’écria : « Par Dieu, je ne me battrai plus contre l’évidence ! Par Dieu, je suis venu à toi en te détestant plus que quiconque sur la surface de la terre, et à cet instant tu m’es plus cher que mon père et même que ma propre personne. Je t’aime du fond de mon être et en apparence, en secret comme en public. Je témoigne qu’il n’est de dieu que Dieu et que tu es le Messager de Dieu. » Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) dit alors : « Louange à Dieu qui t’a guidé par mon intermédiaire. Cette religion est au-dessus de tout et rien ne la surpasse. Elle n’est valable qu’avec la prière et la prière n’est acceptée qu’avec la récitation du Coran. »
Le bédouin déclara : « Apprends-moi. » Le Prophète lui enseigna alors (Dis : Il est Dieu, l’Unique) [Coran 112 :1]. Le bédouin lui demanda : « Enseigne-moi encore, car je n’ai rien entendu de plus beau que cela, ni dans les poèmes longs ni dans les brefs (1). » Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) expliqua : « Ô bédouin, ceci est la Parole de Dieu, ce n’est pas de la poésie. Si tu récites (Dis : Il est Dieu, l’Unique) une seule fois, tu obtiendras la même récompense que celui qui a récité un tiers du Coran. Si tu la récites deux fois, tu obtiendras l’équivalent de deux tiers du Coran. Et si tu la récites trois fois, tu recevras la récompense de celui qui a récité l’intégralité du Coran. » Alors le bédouin dit : « Quel Dieu excellent est le nôtre ! Il accepte le peu et donne en abondance. »
Le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) lui demanda : « Possèdes-tu quelque bien ? » Il répondit : « Parmi tous les Banû Sulaym, je suis l’homme le plus pauvre. » Le Prophète se tourna alors vers ses Compagnons et dit : « Donnez-lui. » Ils lui donnèrent tant et si bien qu’il en fut comblé (2).
C’est alors que ʿAbd al-Raḥmân ibn ʿAwf intervint : « Ô Messager de Dieu ! Je possède une chamelle ‘usharâ’(3), inférieure aux chamelles de Bactriane(4) mais supérieure à la chamelle al-aghrâ’(5). Elle rattrape le convoi sans jamais être distancée. On me l’a offerte lors de la campagne de Tabûk. Je souhaite par ce don me rapprocher de Dieu en la donnant à ce bédouin. » Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) répondit : « Tu as décrit en détail ta chamelle ; décris maintenant quel bien tu auras auprès de Dieu le Jour de la Résurrection. » Il dit : « Volontiers. »
Le Prophète poursuivit : « Tu auras, ce jour-là, une chamelle faite de perle creuse, dont les pattes seront en émeraude verte et le cou en émeraude jaune, sur laquelle se tiendra un palanquin… » (La suite du hadith s’interrompt ici.)