Il était un jour assis dans cette assemblée, et Abû Dharr s’y trouvait également, lorsque le nom de ‘Uthmân ibn ‘Affân fut mentionné. As-Sulamî rapporte : « Je pense qu’Abû Dharr avait un reproche envers ‘Uthmân pour l’avoir envoyé à ar-Rabadhah. Ainsi, lorsque ‘Uthmân fut évoqué devant lui, certains hommes de savoir lui en parlèrent, supposant qu’il nourrissait à son égard une rancune. Mais lorsqu’on le mentionna, il dit : “Ne dis à propos de ‘Uthmân que du bien, car je témoigne avoir vu de lui un spectacle et avoir assisté à une scène que je ne pourrai oublier jusqu’à ma mort.
J’étais un homme qui cherchait les moments de solitude du Prophète (ﷺ) afin de l’écouter ou d’apprendre de lui. Un jour, je partis de bonne heure. Le Prophète (ﷺ) était sorti de sa demeure. J’interrogeai son serviteur, qui m’informa qu’il se trouvait dans une certaine maison. Je m’y rendis et le trouvai assis, sans personne d’autre. Je l’imaginais alors recevoir une Révélation. Je le saluai et il me rendit le salut, puis il me demanda : “Qu’est-ce qui t’amène ?” Je m’assis à ses côtés, sans l’interroger sur quoi que ce fût, ni lui de son côté ne me mentionnait rien. Je ne restai pas longtemps ainsi.
C’est alors qu’arriva Abû Bakr, marchant à grands pas. Il salua le Prophète (ﷺ), qui lui rendit son salut et lui demanda : “Qu’est-ce qui t’amène ?” Il répondit : “C’est Dieu et Son Messager qui m’ont fait venir.” Le Prophète (ﷺ) lui fit signe de s’asseoir. Abû Bakr se posa d’abord sur une petite élévation en face du Prophète (ﷺ), la route les séparant, puis quand il fut bien installé, le Prophète (ﷺ) lui fit signe de s’asseoir à mes côtés, sur ma droite.
Puis ‘Umar arriva, fit la même chose et le Prophète (ﷺ) lui posa la même question, à laquelle il répondit de même : “C’est Dieu et Son Messager qui m’ont fait venir.” ‘Umar prit alors place aux côtés d’Abû Bakr, sur la petite éminence. Ensuite, ‘Uthmân arriva, salua le Prophète (ﷺ), qui lui rendit son salut et lui demanda : “Qu’est-ce qui t’amène ?” Il répondit : “C’est Dieu et Son Messager qui m’ont fait venir.” Le Prophète (ﷺ) lui désigna la même élévation, puis l’invita à s’asseoir auprès de ‘Umar.
Le Prophète (ﷺ) prononça alors quelques paroles dont je ne compris pas le début, si ce n’est qu’il ajouta : “Elles ne demeureront pas longtemps.” Puis il saisit sept (ou neuf, ou un nombre proche de cela) petits cailloux, qui se mirent à proclamer la gloire de Dieu dans sa main. On pouvait entendre leur bourdonnement, semblable à celui des abeilles, dans les paumes du Prophète (ﷺ). Il les tendit ensuite à Abû Bakr, me dépassant, et ces cailloux proclamèrent également la gloire de Dieu dans la main de celui-ci, comme ils l’avaient fait dans celle du Prophète (ﷺ). Ensuite, il les lui reprit, les reposa au sol et ils redevinrent alors de simples cailloux, silencieux. Puis il les remit à ‘Umar, et ils proclamèrent la gloire de Dieu dans sa main, de la même manière que dans celle d’Abû Bakr. Il les reprit à nouveau, les plaça au sol, et ils se turent. Enfin, il les donna à ‘Uthmân ; ils firent de même dans sa main, comme avec Abû Bakr et ‘Umar, avant que le Prophète (ﷺ) ne les reprenne et ne les repose, les rendant muets à nouveau. » (1)
L’imam Ibn ‘Asâkir, qu’Allah lui fasse miséricorde, a commenté : « Ce récit est rapporté par Sâlih ibn Abî Al-Akhdar, d’après Az-Zuhrî, qui le tenait d’un homme nommé Suwayd ibn Yazîd As-Sulamî. La version transmise par Shu‘ayb est la plus exacte. » Abû Nu‘aym (2), dans son ouvrage “Dalâ’il an-Nubuwwah”, a également mentionné que Dâwud ibn Abî Hind, d’après Al-Walîd ibn ‘Abd Ar-Rahmân Al-Jarashî, d’après Jubayr ibn Nufayr, d’après Abû Dharr, avait rapporté un témoignage identique.