Le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) fut servi d’un plat composé de pain et de viande. Il dit : « Donne-moi l’épaule. » On lui en servit une (1). Yahyâ déclara : « Je n’en ai connaissance que dans ces termes. » Puis il (le Prophète) dit à nouveau : « Donne-moi l’épaule. » On lui en servit encore une, qu’il mangea, puis il redisait : « Donne-moi l’épaule. » Quelqu’un s’exclama : « Ô Messager de Dieu, il n’y a pourtant que deux épaules ! » Le Prophète répondit : « Par ton père, si tu étais resté silencieux, j’aurais continué à en recevoir tant que j’en aurais demandé. » (2)
Sâlim dit alors : « Quant à cette formule (“par ton père”), non. J’ai entendu ‘Abd Allâh ibn ‘Umar dire : “Le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : ‘En vérité, Dieu vous interdit de jurer par vos pères.’” » C’est ainsi que la chaîne de transmission de ce hadith a été rapportée : d’un narrateur anonyme à son semblable. Ledit récit se trouve néanmoins dans d’autres voies de transmission.
L’imam Ahmad a dit : « Khalaf ibn al-Walîd nous a rapporté, Abû Ja‘far – c’est-à-dire al-Râzî – nous a transmis, de Shurayhbîl, relatant d’après Abû Râfi‘, l’affranchi du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui), ceci : “Une brebis fut offerte au Prophète (que la prière et la paix soient sur lui), que l’on mit à cuire dans une marmite. Le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) entra et dit : ‘Qu’est-ce donc, ô Abû Râfi‘ ?’ Je répondis : ‘Une brebis nous a été offerte, ô Messager de Dieu, et je l’ai mise à cuire dans cette marmite.’ Alors il dit : ‘Apporte-moi l’épaule, ô Abû Râfi‘.’ Je la lui tendis. Ensuite il dit : ‘Apporte-moi l’autre épaule.’ Je la lui présentai. Puis il poursuivit : ‘Apporte-moi l’autre épaule encore.’ Je lui dis : ‘Ô Messager de Dieu, la brebis n’a que deux épaules !’ Il répliqua : ‘Si tu étais resté silencieux, tu m’en aurais servi épaule après épaule tant que tu serais resté silencieux.’” »
Ensuite, il demanda de l’eau, se rinça la bouche, lava le bout de ses doigts, puis se leva pour prier. Après la prière, il revint auprès d’eux et trouva de la viande froide qu’il mangea, puis il entra dans la mosquée pour prier sans toucher à l’eau (3).
Dans une autre voie, rapportée également par l’imam Ahmad (4), on lit : « Mu’ammal (5) nous a transmis, Hammâd m’a transmis, ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Râfi‘ m’a rapporté de sa tante, qui le tenait d’Abû Râfi‘ : ‘On prépara pour le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) une brebis rôtie que l’on apporta devant lui. Il me dit : “Ô Abû Râfi‘, apporte-moi l’épaule.” Je la lui tendis. Puis il me redit : “Ô Abû Râfi‘, apporte-moi l’épaule.” Je la lui rendis de nouveau. Ensuite il répéta : “Ô Abû Râfi‘, apporte-moi l’épaule.” Je dis alors : “Ô Messager de Dieu, une brebis n’a pourtant que deux épaules !” Il me répondit : “Si tu étais resté silencieux, tu m’en aurais encore apporté chaque fois que je l’aurais demandé.”” On rapporte aussi qu’il aimait particulièrement cette partie de la viande.’ »
J’ai alors dit (le narrateur) : « C’est pourquoi, lorsque les Juifs – qu’ils soient maudits – de Khaybar apprirent ce penchant, ils mirent le poison dans l’épaule de cette brebis… »