Il (le Prophète ﷺ) se dirigea vers un arbre et y fit halte, puis il dit : « Regarde, vois-tu quelqu’un ? » Je répondis : « Voilà un cavalier… en voici deux… », jusqu’à ce que leur nombre atteigne sept. Alors il dit : « Préservez-nous notre prière. » Nous nous endormîmes et nul ne nous réveilla sinon la chaleur du soleil. Nous nous ressaisîmes, puis le Messager de Dieu ﷺ remonta en selle et nous fîmes un court trajet à ses côtés. Il descendit de nouveau et demanda : « Avez-vous de l’eau avec vous ? » Je répondis : « Oui, j’ai un petit récipient (mīḍa’a) contenant un peu d’eau. » Il dit : « Apporte-le. » Je le lui apportai et il déclara : « Servez-vous-en pour les ablutions, servez-vous-en. » Le groupe fit ses ablutions, et il resta alors une gorgée. Le Prophète ﷺ dit alors : « Conserve-la précieusement, ô Abou Qatadah, car elle aura une histoire. »
Ensuite, Bilal fit l’appel à la prière. Ils prièrent deux rak‘a avant l’aube, puis ils accomplirent la prière de l’aube. Le Prophète ﷺ remonta à nouveau, et nous également. Certains se dirent alors : « Nous avons failli quant à notre prière. » Le Messager de Dieu ﷺ leur demanda : « Qu’est-ce que vous dites là ? S’il s’agit d’une affaire de ce monde, c’est à vous d’en juger. Mais s’il s’agit d’une affaire de religion, elle me revient. » Nous dîmes : « Ô Messager de Dieu, nous avons commis un manquement dans notre prière. » Il répondit : « Il n’y a pas de faute lorsqu’on dort. La faute a lieu en pleine conscience. Si cela vous arrive (de rater la prière), faites-la aussitôt, puis le lendemain à son heure habituelle. »
Puis il poursuivit : « Évaluez la situation pour les gens. » Ils dirent : « Hier, tu as annoncé que si nous n’atteignions pas l’eau demain, nous souffririons la soif, alors chacun s’est précipité pour boire. » Or, à l’aube, les gens constatèrent que leur Prophète avait disparu. Certains se dirent : « Le Messager de Dieu ﷺ est sûrement près d’un point d’eau. » Il y avait parmi eux Abou Bakr et ‘Umar qui déclarèrent : « Ô gens, jamais le Messager de Dieu ﷺ ne vous devancerait vers un point d’eau pour vous laisser derrière. Si vous suivez Abou Bakr et ‘Umar, vous serez dans la voie droite. » Ils répétèrent cela trois fois.
Lorsque le soleil fut à son zénith, on aperçut enfin le Messager de Dieu ﷺ. Les gens s’écrièrent : « Ô Messager de Dieu, nous sommes perdus de soif, nos gorges sont brûlées ! » Il répliqua : « Aucune destruction ne vous atteindra. » Puis il dit : « Ô Abou Qatadah, apporte la mīḍa’a ! » Je la lui apportai, et il demanda : « Détache mon ghumar (sa coupe). » Je le lui ôtai, puis la lui remis. Il se mit à verser de l’eau dans la coupe et à abreuver les gens, qui se pressaient autour de lui. Le Messager de Dieu ﷺ dit : « Ô vous tous, remplissez comme il se doit, car vous repartirez tous désaltérés. » Les gens burent jusqu’à ce qu’il ne resta plus que le Prophète ﷺ et moi-même. Il me servit alors à boire et dit : « Bois, ô Abou Qatadah. » Je répondis : « Bois d’abord, ô Messager de Dieu. » Il dit : « Celui qui sert à boire est le dernier à se désaltérer. » Je bus donc, puis il but après moi. Il demeura dans le récipient à peu près autant d’eau qu’il y en avait au départ, alors que, ce jour-là, nous étions trois cents.
‘Abdallah raconte : « ‘Imrân ibn Husaïn m’entendit relater ce hadith dans la grande mosquée. Il me demanda : “Qui es-tu ?” Je répondis : “Je suis ‘Abdallah ibn Rabah al-Ansârî.” Il dit : “Les gens connaissent le mieux leur propre récit. Fais bien attention à la manière dont tu le rapportes, car j’étais l’un des sept cette nuit-là.” Lorsque j’eus terminé, il conclut : “Je ne pensais pas que quiconque hormis moi garderait ce hadith en mémoire.” »