Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Nous avons cheminé avec le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) jusqu’à ce que nous parvînmes à une vallée vaste (1). Le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) s’éloigna pour satisfaire un besoin, et je le suivis avec un récipient d’eau. Il regarda alors autour de lui et ne vit rien derrière quoi s’abriter. Puis il aperçut deux arbres sur la rive (2) de la vallée. Il se dirigea vers l’un des deux, saisit l’une de ses branches et dit : « Avance vers moi, avec la permission de Dieu. » L’arbre avança alors avec lui, à la manière d’un chameau docile (3) qui se laisse mener par son guide, jusqu’à ce qu’il atteigne l’autre arbre. Il saisit l’une de ses branches et dit : « Avance vers moi, avec la permission de Dieu. » Celui-ci se laissa conduire de la même façon. Lorsqu’il se trouva au milieu de l’espace qui les séparait, il les rapprocha l’un de l’autre – autrement dit, il les joignit – puis il dit : « Refermez-vous sur moi, avec la permission de Dieu. » Aussitôt, les deux arbres se rejoignirent.

Jâbir raconte : « Je sortis alors assez rapidement (4), de crainte que le Messager de Dieu ne remarque ma présence et ne s’éloigne. Je m’assis et me mis à converser avec moi-même. Tout à coup, je levai la tête et vis le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) revenir, les deux arbres s’étant séparés et chacun se tenant sur son propre tronc. J’observai le Messager de Dieu faire une pause, hocher la tête à droite et à gauche, puis il avança. Lorsqu’il m’atteignit, il me dit : “Ô Jâbir, as-tu vu où je me tenais ?” Je répondis : “Oui, ô Messager de Dieu.” Il poursuivit : “Retourne auprès de ces deux arbres, coupe à chacun une branche et ramène-les. Quand tu seras à l’endroit où je me trouvais, pose-en une à ta droite et l’autre à ta gauche.” »

Jâbir poursuit : « Je me levai, je pris une pierre que je brisai et dont j’écorçai l’extrémité (5) ; elle se fendit (6), puis je me rendis auprès des deux arbres et en coupai une branche à chacun. Je revins à l’endroit où s’était tenu le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) et posai une branche à ma droite et l’autre à ma gauche. Ensuite, je le rejoignis et dis : “J’ai fait ce que tu as commandé, ô Messager de Dieu.” Je lui demandai alors : “Pourquoi donc ?” Il répondit : “Je suis passé auprès de deux tombes dont les occupants étaient châtiés. J’ai donc souhaité, par mon intercession, qu’on leur allège ce châtiment tant que ces deux branches resteraient fraîches (7).” »

Jâbir relate encore : « Lorsque nous parvînmes au campement, le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) me dit : “Ô Jâbir, appelle ceux qui ont de l’eau pour l’ablution (9) !” J’annonçai alors : “Quelqu’un a-t-il de l’eau ? Quelqu’un a-t-il de quoi faire les ablutions ?” Je repris : “Ô Messager de Dieu ! Je n’ai pas trouvé la moindre goutte chez les voyageurs.” Un homme parmi les Anṣâr rafraîchissait néanmoins de l’eau pour le Messager de Dieu dans des outres (10) installées sur un bât (11) fait de palmes. Le Prophète me dit alors : “Va trouver untel l’Anṣârî.” »

(1) « Afīḥ » : large, vaste. (2) « Bi-shāṭiʾ al-wādī » : à côté de lui. (3) « Kāl-baʿīr al-mukhshaš » : celui auquel on met un khathāsh dans le nez ; c’est un bâton que l’on place dans le nez du chameau lorsqu’il est rétif, et une corde y est attachée pour le dompter et le faire obéir, bien qu’il puisse résister par difficulté. Lorsqu’on le serre et que cela lui fait mal, il obéit un peu, d’où l’expression « celui qui obéit à son maître ». (4) « Aḥḍir » : je cours vite, je m’affale dans une course intense. (5) « Ḥasartahu » : je l’ai aiguisé et enlevé tout ce qui empêchait son tranchant, de sorte qu’il est devenu propre à couper les branches. (6) « Faanḏalaq » : il est devenu tranchant. (7) Dans Ṣaḥīḥ Muslim : « Qu’en est-il de cela ? » (8) Dans Ṣaḥīḥ Muslim : « An yuraffaha » signifie « alléger » ou « atténuer ». (9) Dans Ṣaḥīḥ Muslim : « Nādi bi-wuḍūʾ » : appelle-le à l’ablution. (10) « Ashjāb lahu » : pluriel de shijāb, qui est une outre à eau qui a vieilli et s’est desséchée, devenant dure. (11) « Ḥamārah » : ce sont des baguettes sur lesquelles on suspend des outres à eau.
سِرْنا مع رسول اللّه ﷺ حتى نزلنا واديًا أَفْيَحَ (١) فذهبَ رسولُ اللّه ﷺ يَقضي حاجتَه، فاتبعته بإداوةٍ من ماء، فنظرَ رسولُ اللّه ﷺ فلم يرَ شيئًا يَسْتترُ به، وإذا بشجرتين بشاطئ (٢) الوادي، فانطلق رسولُ اللّه ﷺ إلى إحداهما، فأخذ بغصن من أغصانها، فقال: "انقادي عليَّ بإذن اللّه" فانقادتْ معه كالبعير المخشوش (٣) الذي يُصَانع قائدَه، حتى أتى الأخرى، فأخذَ بغصنٍ من أغصانها، فقال: "انقادي عليّ بإذن اللّه" فانقادت معه كذلك، حتى إذا كان بالمنتصف مما بينهما لأمَ بينهما - يعني: جمعهما - فقال: "التئما عليَّ بإذن اللّه" فالتأمتا. قال جابر: فخرجتُ أُحْضِرُ (٤) مخافةَ أن يُحِسَّ رسولُ اللّه بقربي فيبتعدَ، فجلستُ أُحدّث نفسي، فحانت مني لفتةٌ، فإذا أنا برسول اللّه ﷺ ، وإذا بالشجرتين قد افترقتا، فقامت كلُّ واحدة منهما على ساق، فرأيتُ رسولَ اللّه وقفَ وقفةً، فقال برأسه هكذا: يمينًا وشمالًا، ثم أقبلَ، فلما انتهى إليَّ قال: "يا جابرُ! هل رأيتَ مَقَامي" ؟ قلت: نعم يا رسولَ اللّه، قال: "فانطلقْ إلى الشجرتين فاقطع من كلِّ واحدةٍ منهما غُصْنًا فَأقبل بهما، حتى إذا قمتَ مَقَامي فأرسلْ غُصنًا عن يمينك وغصنًا عن شمالك" . قال جابر: فقمتُ فأخذتُ حجرًا فكسرتُه وحَسَرْتُه (٥) فانذلق (٦) لي، فأتيتُ الشجرتين فقطعتُ من كل واحدة منهما غصنًا، ثم أقبلتُ حتى قمتُ مَقام رسول اللّه ﷺ ، أرسلتُ غصنًا عن يميني وغصنًا عن يَساري، ثم لحقتُه فقلت: قد فعلتُ يا رسول اللّه، قال: فقلت: فلم (٧) ذاك؛ قال: "إني مررتُ بقبرين يُعذّبان، فأحببت بشفاعتي أن يُرَفِّه ذلك (٨) ؛ عنهما، ما دامَ الغصنان رَطْبين" . قال: فأتينا العسكرَ فقال رسول اللّه ﷺ : "يا جابرُ نادِ الوَضوءَ" (٩) فقلت: ألا وضوءَ، ألا وضوءَ، ألا وضوءَ؟ قال: قلت: يا رسول اللّه! ما وجدتُ في الركب من قطرة، وكان رجلٌ من الأنصار يُبَرِّدُ لرسول اللّه في أَشْجابٍ (١٠) له على حِمَارةٍ (١١) من جريد، قال: فقال لي: "انطلق إلى فلانٍ الأنصاريّ،
(١) "أفيح": واسع. (٢) "بشاطئ الوادي": بجانبه. (٣) "كالبعير المخشوش": هو الذي يُجعل في أنفه خثاش، وهو عود يجعل في أنف البعير إذا كان صعبًا، ويُشد فيه حبلٌ ليذل وينقاد، وقد يتمانع لصعوبته، فإذا اشتد عليه وآلمه انقاد شيئًا، ولهذا قال: الذي يُصانع قائده. (٤) "أحْضِرُ": أعدو وأسعى سَعيًا شديدًا. (٥) "حسرته": أي أحددته ونحيت عنه ما يمنع حدته، بحيث صار مما يمكن قطع الأغصان به. (٦) "فانذلق": أي صار حادًّا. (٧) في صحيح مسلم: فعمَّ ذاك؟. (٨) في صحيح مسلم: أن يُرَفَّهَ: أي يُخفف. (٩) في صحيح مسلم: نادِ بوضوء. (١٠) "أشجاب له": جمع شِجَاب، وهو السقاء الذي قد أخلق وبلي وصار شنًا. (١١) "حمَارة": هي أعواد تعلّق عليها أسقية الماء.

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