Des nuées noires passèrent alors au-dessus de lui, et on l’appela d’elles : « Choisis ! » Il désigna l’une de ces nuées, sombre, et on l’interpella de nouveau : « Prends-la sous forme de cendres destructrices qui n’épargneront personne d’‘Ād. »
Il dit : « Il ne me fut rapporté qu’un souffle de vent, à peine la mesure de ce qui pourrait traverser ma bague, et ils périrent tous. » Abū Wāʾil déclara : « Il a dit vrai. » Et lorsque les femmes et les hommes envoyaient un émissaire pour défendre leur cause, ils disaient : « Ne sois pas tel l’émissaire (1) de ‘Ād ! »
C’est ainsi que l’a rapporté At-Tirmidhī (2), d’après ʿAbd ibn Ḥumayd, d’après Zayd ibn al-Ḥubbāb, avec cette même chaîne de transmission. An-Nasāʾī (3) le rapporte également, via Sallām Abū al-Mundhir, d’après ʿĀṣim ibn Bahdalah, et par son intermédiaire Ibn Mājah le cite. Plusieurs exégètes, dont Ibn Jarīr (4) et d’autres, ont également consigné ce ḥadith et ce récit à propos de l’interprétation de cet épisode.
Il se peut que cette version fasse référence à l’extermination de la seconde tribu de ‘Ād, car ce qu’en relatent Ibn Isḥāq et d’autres évoque La Mecque, qui ne fut bâtie qu’après Ibrāhīm l’Ami [de Dieu], lorsque celui-ci y établit Hājar et son fils Ismāʿīl, puis la tribu de Jurhum s’y installa, comme il sera mentionné plus loin. Or, la première ‘Ād a précédé l’époque d’Ibrāhīm. De plus, il est fait mention dans ce récit de Muʿāwiyah ibn Bakar et de ses poèmes, dont le style est plus tardif que celui de l’époque de la première ‘Ād. D’ailleurs, il est question d’étincelles de feu dans ce nuage, tandis que la première ‘Ād fut anéantie par un vent violent et glacial (5).
Ibn Masʿūd, Ibn ʿAbbās et nombre de grands tābiʿīn ont affirmé que ce vent était à la fois glacé et extrêmement violent : « [Il le leur imposa] pendant sept nuits et huit jours successifs » [Al-Ḥāqqah, v.7], c’est-à-dire sept jours et huit nuits complètes, ininterrompues. Certains avancent que tout commença un vendredi, d’autres un mercredi : « Tu vois ce peuple gisant, comme si c’étaient des troncs de palmiers évidés » [Al-Ḥāqqah, v.7]. Dieu les compare aux fûts de palmiers dépourvus de cimes, car le vent se saisissait de chacun d’entre eux, le soulevait dans les airs, puis le projetait sur la tête, la lui fracassant et laissant son corps sans tête. Ainsi qu’Il dit : « Nous avons lâché contre eux un vent cinglant, en un jour néfaste et continu » [Al-Qamar, v.19], c’est-à-dire un jour de malheur pour eux dont le châtiment ne cessa point de s’abattre : « Il arrachait les gens comme s’ils étaient des troncs de palmiers déracinés » [Al-Qamar, v.20].
Et ceux qui ont prétendu que ce « jour néfaste et continu » serait le mercredi, en le tenant pour un jour de mauvais augure, se sont trompés, car ils ont contredit le Coran qui déclare dans un autre verset : « Nous envoyâmes contre eux un vent cinglant, durant des jours néfastes » [Fuṣṣilat, v.16]. Il est établi qu’il s’agissait de huit jours consécutifs. S’ils étaient intrinsèquement néfastes, alors les sept jours compris dans ces huit seraient tous considérés comme néfastes. C’est donc ainsi… (6)