L’Arabe bédouin dit alors : « Ô Messager de Dieu, notre Seigneur rit-Il ? » Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) répondit : « Oui. » Puis l’Arabe déclara : « Nous ne saurons être privés de bien de la part d’un Seigneur qui rit. » Le Messager de Dieu (ﷺ) se mit à rire de sa parole, puis il se leva, gravit le minbar et s’adressa aux gens. Il leva les mains – or, le Messager de Dieu (ﷺ) ne levait les mains pour invoquer que lors de la prière de la pluie (istisqā’) – au point que l’on voyait la blancheur de ses aisselles. Il fut retenu de sa prière ces paroles :
« Ô Dieu, arrose Ta terre et Tes bêtes, répands Ta miséricorde et redonne la vie à Ta contrée morte ! Ô Dieu, accorde-nous une pluie secourable, salutaire (1), abondante (2), généreuse, vaste, prompte et non différée, bénéfique et non nuisible. Ô Dieu, une pluie de miséricorde, point un fléau, ni destruction, ni noyade, ni ruine. Ô Dieu, abreuve-nous d’une pluie bienfaisante et accorde-nous la victoire sur nos ennemis ! »
Alors Abou Lubāba ibn ‘Abd Al-Mundhir s’écria : « Ô Messager de Dieu ! Les dattes sont dans les aires de séchage (marābid). » Le Messager de Dieu (ﷺ) poursuivit : « Ô Dieu, accorde-nous la pluie. » Abou Lubāba insista : « Les dattes sont dans les marābid », et ce, à trois reprises. Le Messager de Dieu (ﷺ) dit : « Ô Dieu, accorde-nous la pluie au point qu’Abou Lubāba se lève nu pour boucher la fissure (3) du marbad (4) avec son pagne. » Et par Dieu, il n’y avait dans le ciel ni nuage ni même un petit amas, et aucun bâtiment ou maison ne se dressait entre la mosquée et la colline de Sila‘. Soudain apparut derrière Sila‘ un nuage tel un bouclier ; lorsqu’il fut au milieu du ciel, il s’étendit sous les yeux de tous, puis la pluie tomba. Par Dieu, on ne vit pas le soleil durant six jours. Abou Lubāba se leva alors, nu, pour boucher la fissure du marbad avec son pagne, afin que les dattes ne s’en échappent pas.
Quelqu’un s’écria : « Ô Messager de Dieu, nos biens sont perdus et les routes coupées ! » Le Prophète (ﷺ) gravit à nouveau le minbar et invoqua Dieu, levant les mains si haut qu’on voyait la blancheur de ses aisselles. Puis il dit :
« Ô Dieu, autour de nous et non sur nous ! Ô Dieu, [fais pleuvoir] sur les hauteurs, les collines, le creux des vallées et les pâturages d’arbres. » Aussitôt, le nuage se dissipa au-dessus de Médine, comme se replie un vêtement (5).
Ce récit ressemble à celui rapporté par Mouslim Al-Mullā’ī d’après Anas, et une partie en est attestée dans les Sounan d’Abou Dāwoud. Le hadith d’Abou Razīn al-‘Uqaylī en corrobore également une partie ; Dieu est plus savant (6).
L’historien Abou Bakr Al-Bayhaqī a rapporté dans son ouvrage « Dalā’il » : « Abou Bakr Muhammad ibn Al-Hassan ibn ‘Alî ibn Al-Mu’ammil nous a informés, lui-même ayant été informé par Abou Ahmad Muhammad ibn Muhammad Al-Hāfizh, qui détenait d ‘Abd Ar-Rahmān ibn Abî Hātim, lequel nous raconta, d’après Muhammad ibn Hammād Adh-Dhuharānî ; il nous rapporta de Sahl ibn ‘Abd Ar-Rahmān, connu sous le nom de As-Sindî ibn ‘Abd Rabbih, lequel le tenait de ‘Abd Allāh ibn ‘Abd Allāh ibn Abî Uways Al-Madanî, rapportant de ‘Abd Ar-Rahmān ibn Harmalah, d’après Sa’îd ibn Al-Musayyib, d’après Abou Lubāba ibn ‘Abd Al-Mundhir… »