On s’est excusé auprès d’Ahmad ibn Salih al-Misrî pour avoir authentifié ce hadith, en disant qu’il avait été trompé par sa chaîne de transmission. Quant à at-Tahâwî, on a avancé qu’il ne disposait pas d’une bonne connaissance des chaînes de transmission, comme les grands maîtres parmi les huffâz. Il a dit, dans le meilleur de ses propos : « Ce dont on est sûr, c’est qu’il s’agit d’un mensonge forgé. »
J’ajoute : L’argument d’Ibn al-Mutahhar qui rapporte ce hadith selon la chaîne de transmission de Jâbir est étrange, d’autant qu’il ne l’a pas relié par une chaîne continue. Son contenu implique qu’Ali aurait invoqué le retour du soleil une première et une deuxième fois. Quant à son récit au sujet de Babylone, il n’a pas de chaîne de transmission et je pense – Dieu sait mieux – qu’il est l’invention d’hérétiques parmi les chiites et leurs semblables. En effet, le jour du Fossé (Khandaq), le Messager de Dieu (ﷺ) et ses Compagnons se sont fait surprendre par le coucher du soleil avant d’avoir pu accomplir la prière d’al-‘asr : ils se rendirent à Bathân – un oued en ce lieu – pour faire leurs ablutions et prier l’asr après le coucher du soleil. Ali se trouvait également parmi eux et le soleil ne leur fut pas rendu. De même, nombre de Compagnons s’étant dirigés vers Banû Qurayzah ratèrent la prière de ‘asr ce jour-là, jusqu’à ce que le soleil se fût couché, sans qu’il ne leur fût rendu. De même encore, lorsqu’un matin, le Messager de Dieu (ﷺ) et ses Compagnons s’éveillèrent après l’heure de la prière de l’aube, alors que le soleil s’était déjà levé, ils la prièrent plus tard et la nuit ne leur fut pas restituée. Jamais donc Dieu (– Exalté soit-Il –) n’aurait accordé à Ali et à ses compagnons une vertu que le Messager de Dieu (ﷺ) et les siens n’eurent pas.
Pour ce qui est de la poésie de l’Himyarî, elle ne constitue pas une preuve. C’est comme le délire d’Ibn al-Mutahhar : l’un ne comprend pas ce qu’il dit en prose, l’autre ignore la fiabilité de ce qu’il compose en vers. Tous deux sont tels que l’a décrit le poète :
« Si je savais, je porterais la responsabilité… tant je divague et ne parviens à saisir la réalité. »
Le récit notoire à propos d’Ali sur la terre de Babylone est celui rapporté par Abû Dâwud (qu’Allah lui fasse miséricorde) dans ses Sunan, où Ali raconte être passé par la terre de Babylone alors que l’heure de la prière d’al-‘asr était arrivée, et il ne pria point avant d’en être sorti. Il dit alors : « Mon bien-aimé (ﷺ) m’a interdit de prier sur la terre de Babylone, car elle est maudite (1). »
Abû Muhammad ibn Hazm, dans son livre Al-Milal wa-n-Nihal, réfute l’idée du retour du soleil pour Ali après avoir mentionné des propos contestant des assertions infondées. Il dit : « Il n’y a pas de différence entre celui qui prétend ce que nous avons évoqué à l’égard d’un méritant, et la prétention des Râfidhah selon laquelle le soleil aurait été rendu à Ali ibn Abî Tâlib à deux reprises. » Certains d’entre eux ont même attribué à Habîb ibn Aws les vers suivants :
« Le soleil nous fut rendu tandis que la nuit, contrainte,
se résorbe sous leurs rayons jaillissant d’une alcôve,
Elle avait chassé l’obscurité profonde, et la clarté restaurée
revêtit de sa lumière la voûte céleste.
Par Dieu, je ne sais si ce fut un rêve
qui nous effleura, ou si Josué était parmi nous. » (2)