Les plus grands compagnons de celui-ci ; comme l’ont rapporté Al-Boukhârî et Mouslim dans leurs recueils, via sa chaîne, le hadith sur le combat contre les kharijites, l’histoire de l’homme au bras atrophié (al-mukhdaǧ) et d’autres récits relatifs aux mérites de ‘Alî.
Il a dit :
« Quant au hadith de l’Émir des Croyants ‘Alî, Abou al-‘Abbâs al-Farġânî nous en a informés. Abou al-Mufaḍḍal al-Shaybânî nous en a informés. Rajâ’ ibn Yaḥyâ al-Sâmânî nous a rapporté : Hârûn ibn Muslim ibn Sa‘dân nous a rapporté, à Sâmarra en l’an quarante et deux cents (240H), d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Amr ibn al-Aš‘aṯ, d’après Dâwud ibn al-Kumayt, d’après son oncle al-Mustahill ibn Zayd, d’après son père Ibn Salhab, d’après Ǧuwayriyya bint Šahr, qui a dit :
“Je sortis en compagnie de ‘Alî ibn Abî Tâlib. Il me dit : ‘Ô Ǧuwayriyya ! Le Messager de Dieu —que la prière et la paix de Dieu soient sur lui— recevait la Révélation alors que sa tête était posée sur ma cuisse.’ Puis il mentionna le contenu du hadith.” »
Cette chaîne de transmission est obscure : la plupart de ses rapporteurs sont inconnus. Il apparaît, et Dieu sait mieux, qu’elle est fabriquée de toutes pièces, issue de l’imagination des Râfiḍites — que Dieu les avilisse. Que Dieu maudisse celui qui ment au sujet du Messager de Dieu —que la prière et la paix de Dieu soient sur lui—, et qu’Il hâte contre lui la punition et le châtiment promis par le Législateur, selon cette parole, vraie sans l’ombre d’un doute :
« Quiconque ment sur moi sciemment, qu’il se prépare une place en Enfer » (1).
Comment un homme de savoir pourrait-il croire que ce hadith est transmis par ‘Alî ibn Abî Tâlib, alors qu’il contient un immense mérite pour ce dernier et fait état d’un signe miraculeux éclatant pour le Messager de Dieu —que la prière et la paix de Dieu soient sur lui—, pour n’être finalement relayé que par cette chaîne obscure, montée de toutes pièces, dont les narrateurs sont inconnus ou même peut-être inexistants ? Visiblement —et Dieu sait mieux—, il n’en est rien.
De plus, le hadith est attribué à une femme dont on ne sait ni l’identité ni la fiabilité. Où sont donc les compagnons de ‘Alî dignes de confiance, comme ‘Ubayd al-Salmânî, Šurayḥ le juge, ‘Âmir al-Ša‘bî et leurs semblables ?
Le fait que les grands imams, tels Mâlik, les auteurs des six recueils, ainsi que ceux des musnads, sunan, recueils authentiques et acceptables, aient tous délaissé ce hadith et ne l’aient pas mentionné dans leurs ouvrages, constitue la preuve la plus évidente qu’il est dépourvu de fondement à leurs yeux ou qu’il s’agit pour eux d’une invention mensongère et forgée.
C’est le cas notamment d’Abou ‘Abd al-Raḥmân al-Nasâ’î, qui a pourtant réuni un ouvrage sur « Les particularités (‘Khaṣâ’iṣ’) de ‘Alî ibn Abî Tâlib » sans y faire figurer ce hadith. Al-Ḥâkim, dans son ‘Mustadrak’ (2), ne l’a pas mentionné non plus, alors qu’on lui attribue aussi une certaine inclinaison au šî‘isme. Personne parmi les érudits reconnus ne l’a rapporté, si ce n’est dans une perspective d’étonnement et de mise en garde. Comment un tel fait, survenu en plein jour, à la vue de tous —et qui, de surcroît, exigerait qu’on le transmette largement—, n’a-t-il pu être colporté que par des chaînes faibles et réprouvées, dont la plupart sont montées et inventées ?
Au mieux, on trouve la version que nous avons évoquée, transmise via Aḥmad ibn Ṣâliḥ al-Miṣrî, d’après Ibn Abî Fudayk, d’après Muḥammad ibn Mûsâ al-Fiṭrî, d’après ‘Awn ibn Muḥammad, d’après sa mère Umm Ǧa‘far, d’après Asmâ’. Cette voie-là comporte cependant des faiblesses, comme nous l’avons déjà signalé. Aḥmad ibn Ṣâliḥ —que Dieu lui fasse miséricorde— s’est laissé abuser et a penché pour son authenticité, privilégiant ainsi sa validité.