Un grave malheur les frappa à cette époque, et ils implorèrent Dieu de les en délivrer. Ils s’adressaient à Lui par le biais de Son Sanctuaire et de l’emplacement de Sa Maison sacrée, lieu déjà bien connu des gens de cette époque, habité alors par les ‘Amalécites, issus de la descendance de ‘Amaliq, fils de Laoudh, fils de Sām, fils de Noé. Leur chef, à ce moment-là, était un certain Muʿāwiya ibn Bakr, dont la mère, Jilhada bint al-Khaybarī, était de la tribu de ʿĀd.
On raconte que les ʿĀd envoyèrent une délégation d’environ soixante-dix hommes pour demander à Dieu de leur accorder la pluie auprès du Sanctuaire. En chemin, ils firent halte chez Muʿāwiya ibn Bakr, en périphérie de La Mecque, et y séjournèrent un mois, passant leurs journées à boire du vin pendant que deux chanteuses appartenant à Muʿāwiya, surnommées « al-Jarādatān », leur divertissaient. Lorsqu’ils prolongèrent ainsi leur séjour et que Muʿāwiya fut pris de compassion pour son peuple, mais trop gêné pour leur intimer de repartir, il composa des vers et, pour les inciter à partir, en ordonna la récitation aux deux chanteuses :
[du mètre al-wāfir]
« Ô Qayl, prends garde, lève-toi et mets-toi en route,
Peut-être Dieu nous enverra-t-Il un nuage au matin ;
Pour qu’Il abreuve la terre de ʿĀd, car ʿĀd
Sont à présent incapables de prononcer la moindre parole,
Tant leur soif est grande : nous ne plaçons plus d’espoir
Ni dans le vieillard ni dans l’enfant ;
Leurs femmes vivaient jadis dans l’aisance,
Mais les voilà désormais réduites à la détresse ;
Même les bêtes sauvages vont et viennent à découvert
Sans craindre les flèches des ʿĀd,
Pendant que vous, vous demeurez ici, à vous délecter
De vos plaisirs jour et nuit, sans trêve ;
Confusion sur vous, délégation de ce peuple,
Et qu’ils ne reçoivent ni salut ni paix ! »
Alors seulement, la délégation se souvint du but de son voyage et se rendit au Sanctuaire pour implorer la pluie en faveur de son peuple. Celui qui adressa la prière fut Qayl ibn ʿAtr. Dieu fit alors apparaître trois nuées : l’une blanche, l’autre rouge et la troisième noire. Une voix céleste se fit entendre : « Choisis pour toi et pour ton peuple l’une de ces nuées. » Qayl répondit : « Je choisis la nuée noire, car c’est celle qui contient le plus d’eau. » La voix reprit : « Tu as choisi une nuée emplie de cendres, qui n’épargnera pas un seul membre de ʿĀd, ne laissant ni père ni enfant, tous seront anéantis, à l’exception des Banū al-Lūdhiyya al-Muhdā. »
Ces derniers constituaient un clan de ʿĀb alors établi à La Mecque, et ils ne furent pas touchés par le châtiment qui frappa leur peuple. Parmi leurs descendants, certains formèrent ce que l’on appelle les ʿĀd postérieurs.
Dieu dirigea donc la nuée noire choisie par Qayl ibn ʿAtr, chargée de Sa vengeance, vers le territoire de ʿĀd, jusqu’à ce qu’elle apparaisse au-dessus d’eux depuis une vallée nommée al-Mughīth. Quand ils l’aperçurent, ils se réjouirent, disant : « Voilà un nuage qui nous apportera la pluie ! » C’est alors que le Très-Haut déclara : « En réalité, c’est bien ce que vous réclamiez avec empressement : un vent qui charrie un châtiment douloureux » (Coran, al-Aḥqāf : 24-25), autrement dit, il anéantit toute chose qu’il avait reçu ordre de détruire.