Et la plus grande d’entre elles fut énoncée par des paroles dont ni les premiers ni les derniers n’avaient jamais entendu l’équivalent, et il informa d’une chose qu’aucun habitant de son pays ni aucun membre de son peuple ne connaissait.
Puis le suivirent ceux qui, parmi les gens, ressemblent aux adeptes des prophètes, c’est-à-dire les plus faibles, tandis que les notables le traitèrent de menteur, le contrèrent et cherchèrent à le faire périr, lui et ceux qui l’avaient suivi, par tous les moyens, comme les mécréants l’avaient fait avec les prophètes et leurs disciples. Ceux qui le suivirent ne l’avaient pas fait par intérêt matériel ni par peur, car il ne disposait ni de biens à leur offrir, ni de postes à leur accorder, ni d’aucune force armée. Bien au contraire, l’autorité, la richesse et les armes étaient dans le camp de ses opposants. Ses adeptes subirent toute forme d’offense en faisant preuve de patience et de persévérance, sans jamais renoncer à leur religion, tant la douceur de la foi et de la connaissance avait pénétré leurs cœurs.
La Mecque était déjà un lieu de pèlerinage pour les Arabes depuis l’ère d’Abraham. Ainsi, durant la saison du pèlerinage, les différentes tribus arrivaient et il sortait à leur rencontre pour leur transmettre son message et les appeler à Dieu, endurant vaillamment les accusations de mensonge que certains proféraient contre lui, la rudesse de ceux qui se montraient hostiles et l’indifférence de ceux qui tournaient le dos. Finalement, il rencontra des habitants de Yathrib, voisins des Juifs. Ceux-ci avaient entendu parler de lui par les Juifs, et lorsqu’il les invita au message, ils surent qu’il était le Prophète attendu dont les Juifs leur parlaient. Ils avaient par ailleurs entendu d’autres récits sur lui qui leur confirmèrent son rang, car son affaire était déjà connue et manifeste depuis une quinzaine d’années. Ils crurent en lui et lui prêtèrent allégeance, s’engageant à accueillir sa migration et celle de ses compagnons dans leur contrée, ainsi qu’à lutter à ses côtés. Il émigra donc, lui et ceux qui le suivaient, vers Médine, où se trouvaient les Émigrés (Muhâjirûn) et les Auxiliaires (Anṣâr). Aucun d’eux n’avait embrassé la foi par intérêt mondain ni par crainte, hormis quelques-uns parmi les Anṣâr qui, dans un premier temps, n’avaient embrassé l’islam qu’en apparence, puis dont certains finirent par vivre une conversion plus sincère. Par la suite, il reçut l’autorisation de combattre, puis l’ordre de le faire.
Il poursuivit sans cesse la mission que Dieu lui avait confiée selon la voie la plus parfaite et la plus accomplie, faite de sincérité, d’équité et de fidélité. On n’a jamais rapporté une seule fois qu’il aurait menti, commis une injustice ou trahi qui que ce soit. Bien au contraire, il fut le plus véridique des hommes, le plus juste, le plus fidèle aux engagements, et ce quels que fussent le contexte et les époques : en temps de guerre comme de paix, dans la sécurité comme dans la crainte, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la puissance comme dans l’impuissance, qu’il fût favorisé ou défavorisé, qu’il eût le dessus sur ses ennemis ou que ses ennemis prennent le dessus ponctuellement.
Au milieu de tout cela, il demeura constant sur la voie la plus parfaite et la mieux accomplie, au point que son appel se propagea sur toute la terre d’Arabie, alors qu’elle était saturée par l’adoration des idoles, la croyance en la parole des devins, l’obéissance à la créature dans ce qui équivaut à renier le Créateur, l’effusion de sangs sacrés et la rupture des liens de parenté, sans qu’ils ne connussent l’au-delà ni la résurrection. Ils devinrent alors les plus instruits de la terre, les plus pieux, les plus équitables et les meilleurs. Ainsi, quand les chrétiens les virent arriver au Levant, ils dirent : « Ceux qui accompagnèrent le Christ n’étaient pas meilleurs que ces hommes. » Les traces de leur science et de leur pratique dans le monde, comme celles d’autres communautés, montrent à l’esprit lucide la différence entre ces deux voies.
Quant à lui ﷺ, bien que son autorité se fût affirmée et que les gens lui obéissent au point de le préférer à leurs propres personnes et à leurs biens, il mourut sans laisser ni pièce d’argent, ni pièce d’or, ni mouton, ni chameau, en dehors de sa mule, de son arme et de sa cuirasse, cette dernière étant mise en gage chez un Juif contre trente (mesures).