Le jour de Ḥunayn, il distribua ces richesses considérables – chameaux, ovins, or et argent – aux personnes récemment acquises à l’islam (al-muʾallafa), sans toutefois rien accorder aux Anṣār ni à la majorité des Muhājirūn. Il attribua justement ces biens à ceux dont il souhaitait rapprocher le cœur de l’islam et laissa les autres à la part de foi et de vertu que Dieu avait mise dans leurs cœurs. Puis, en consolant ceux parmi les Anṣār qui s’interrogeaient sur la sagesse d’une telle répartition, il déclara :
« N’êtes-vous pas satisfaits que les gens s’en aillent avec des moutons et des chameaux, alors que vous repartez avec le Messager de Dieu, que vous ramenez dans vos demeures ? » Ils répondirent : « Nous en sommes satisfaits, ô Messager de Dieu. »
C’est ainsi qu’il accorda également une part à son oncle al-ʿAbbās après sa conversion, lorsqu’arriva l’argent de Bahreïn. Celui-ci fut déposé devant lui dans la mosquée, et al-ʿAbbās vint au Prophète (ﷺ) pour dire : « Ô Messager de Dieu, accorde-m’en, car j’ai payé ma propre rançon lors de Badr et j’ai aussi payé la rançon de ʿAqīl. » Le Prophète (ﷺ) répondit : « Prends. » Alors al-ʿAbbās retira son vêtement pour y entasser une partie de cet argent. Quand il voulut le soulever, il n’y parvint pas. Il s’adressa donc au Prophète (ﷺ) et lui dit : « Soulève-le pour moi. » Le Prophète (ﷺ) répondit : « Je ne le ferai pas. » Al-ʿAbbās poursuivit : « Ordonne donc à l’un d’entre eux de le porter pour moi. » – « Non », répliqua-t-il. Al-ʿAbbās en retira alors une partie, puis tenta à nouveau de le soulever sans réussir. Il redemanda au Prophète (ﷺ) de l’aider ou d’ordonner à quelqu’un de l’aider, mais il refusa. Al-ʿAbbās dut donc encore en enlever, puis emporta le reste hors de la mosquée, tandis que le Messager de Dieu (ﷺ) l’observait avec étonnement face à son avidité.
J’ai indiqué que ʿAbbās (qu’Allah l’agrée) était un homme grand, noble et robuste, et le poids qu’il parvint finalement à emporter avoisinait, selon toute vraisemblance, quarante mille (Dieu sait mieux). Al-Bukhārī rapporte cette histoire dans son « Ṣaḥīḥ » à plusieurs endroits, sous forme de récits rapportés de manière abrégée, et il l’évoque dans le registre des mérites d’al-ʿAbbās. Cela se rattache à la parole du Très-Haut : « Ô Prophète ! Dis à ceux qui sont captifs entre vos mains : “Si Dieu sait [qu’il y a] quelque bien dans vos cœurs, Il vous accordera mieux que ce qui vous a été pris et Il vous pardonnera, car Dieu est Pardonneur et Miséricordieux.” » [Al-Anfāl : 70].
Il a déjà été rapporté d’après Anas ibn Mālik (qu’Allah l’agrée), celui qui fut au service du Prophète (ﷺ), qu’il disait : « Le Messager de Dieu (ﷺ) était l’homme le plus généreux et le plus courageux… » Comment en serait-il autrement, alors qu’il est le Messager de Dieu (ﷺ), doué des qualités les plus accomplies et confiant en ce qui se trouve auprès de Dieu (– glorifié soit Sa majesté –) ? Dieu (– glorifié soit Sa majesté –) a révélé dans Son Livre explicite : « Et qu’avez-vous à ne pas dépenser dans le chemin de Dieu, alors que c’est à Dieu qu’appartient l’héritage des cieux et de la terre ? » [Al-Ḥadīd : 10], et aussi : « Tout ce que vous dépensez [dans Sa voie], Il vous le remplace. C’est Lui, le Meilleur des pourvoyeurs. » [Sabaʾ : 39]. En outre, c’est lui (ﷺ) qui s’adressa à son muezzin Bilāl – étant véridique et sûr dans ses paroles et ses promesses – en ces termes : « Dépense, ô Bilāl, et ne crains pas la pauvreté de la part du Maître du Trône !»