Celui qui s’asseyait auprès de lui n’aurait jamais pensé qu’une autre personne fût plus honorée de sa présence que lui-même. Quiconque s’asseyait en sa compagnie ou se levait pour un besoin, il patientait jusqu’à ce que l’autre s’en allât. Et toute personne qui s’adressait à lui pour une requête, il ne la renvoyait pas sans satisfaction ou, à défaut, avec une parole bienveillante. Les gens bénéficiaient de son ouverture et de sa douceur, et il leur devint comme un père ; ils se trouvaient égaux face à lui en matière de justice. Son assemblée était un lieu de clémence, de pudeur, de patience et de fiabilité ; on n’y élevait pas la voix, on n’y portait atteinte ni à l’honneur ni aux interdictions sacrées, et on n’y rappelait pas les faux pas. Chacun y était considéré à égalité, leur seule supériorité étant la piété. Humblement, ils honoraient le plus âgé, faisaient miséricorde au plus jeune, privilégiaient celui qui était dans le besoin et protégeaient l’étranger.
Il dit : « Je l’interrogeai au sujet de la conduite du Prophète (ﷺ) envers ses compagnons. » Il répondit : « Le Messager de Dieu (ﷺ) affichait toujours une humeur joyeuse, il avait un caractère affable et un cœur conciliant. Il n’était ni rude ni dur, ni tapageur ni vulgaire, ni blâmeur ni moqueur. Il passait sur ce qui ne lui plaisait pas, sans jamais fermer la porte à celui qui plaçait son espoir en lui, ni le décevoir. Il se préservait de trois choses : la controverse, la prolixité et ce qui ne le concernait pas.
Il tenait les gens à l’écart de trois choses également : il ne blâmait personne, ne le rabaissait pas et ne cherchait pas à dévoiler ses défauts. Il ne parlait que de ce dont il espérait la récompense. Lorsqu’il s’exprimait, ses compagnons se taisaient, comme si des oiseaux étaient posés sur leurs têtes ; et quand il se taisait, ils s’exprimaient. Jamais ils ne se disputaient en sa présence. Il riait de ce qui les faisait rire et s’émerveillait de ce qui les émerveillait. Il supportait patiemment le langage parfois rude de l’étranger et ses requêtes, au point que ses compagnons essayaient souvent de le faire renoncer à user d’une parole trop directe.
Il disait : « Lorsque vous voyez quelqu’un dans le besoin, soutenez-le. » Il n’acceptait les louanges que de la part de celui qui avait su lui rendre grâce, et il ne coupait pas la parole à une personne tant qu’elle ne l’avait pas achevée ou ne s’était pas levée.
Il dit encore : « Je lui demandai : “Comment était son silence ?” Il répondit : “Son silence se fondait sur quatre aspects : la tolérance, la prudence, l’évaluation et la réflexion. Son évaluation consistait à montrer la même attention en regard et en écoute envers tous. Quant à sa réflexion, elle portait sur ce qui demeure et sur ce qui disparaît. Au Prophète (ﷺ) furent réunies la tolérance et la patience, si bien que rien ne pouvait l’irriter ou l’exaspérer.
Quant à sa prudence, elle se résumait en quatre points : son recours à la bienveillance, afin que l’on suive son exemple ; son abstention de tout acte répréhensible, afin que l’on s’en détourne ; l’effort de sa raison pour le bien de sa communauté ; et le fait de veiller sur eux afin de leur assurer (ﷺ) ce qui leur est nécessaire ici-bas et dans l’au-delà.” »
Ce hadith complet a été rapporté par le grand traditionniste Abû ‘Isâ at-Tirmidhî – qu’Allah lui fasse miséricorde – dans son ouvrage « Les caractéristiques du Messager de Dieu (ﷺ) » (2), d’après Sufyân ibn Waki‘ ibn al-Jarrâh, transmettant de Jumay‘ ibn ‘Umar ibn ‘Abd ar-Rahmân al-‘Ajlî, qui mentionne un homme de la descendance d’Abû Hâlah – l’époux de Khadîja –, surnommé Abû ‘Abd Allâh (d’autres l’ont appelé Yazîd ibn ‘Umar), d’après un fils d’Abû Hâlah, d’après Al-Hasan ibn ‘Alî. Celui-ci dit : « J’ai interrogé mon oncle… » et il le mentionna, y incluant également le récit de son frère Al-Husayn, d’après son père ‘Alî ibn Abî Tâlib.