J’ai dit : Ce qu’a mentionné Abū ʿUmar est la parole de Saʿīd qui a été préservée (1). Il en a été rapporté de même de Wahb ibn Munabbih, et Dieu sait mieux. Quant à Yazīd ibn Sanān Abū Furwah al-Ruhāwī, il est extrêmement faible et l’on ne s’appuie pas sur ses récits.
Il a été dit que Noé (paix sur lui) n’eut pas ces trois fils avant le Déluge, et que seul Canaan, qui s’est noyé, lui était né avant l’Arche, tandis qu’ʿĀbir était déjà décédé avant le Déluge. Cependant, l’opinion correcte est que ses trois fils étaient bel et bien avec lui dans l’Arche, tout comme leurs épouses et leur mère, ainsi que le stipule la Torah. Certains ont rapporté que Ḥām aurait eu un rapport intime avec sa femme dans l’Arche, et Noé invoqua alors contre lui que la forme de sa descendance fût altérée. Ainsi naquit un enfant noir : Canaan, fils de Ḥām, l’ancêtre des peuples noirs. D’autres disent plutôt que Ḥām vit son père endormi, sa nudité exposée, et qu’il ne la recouvrit pas, tandis que ses frères la cachèrent. Pour cela, Noé invoqua contre lui afin que sa semence fût changée et que sa descendance servît celle de ses frères.
L’imam Abū Jaʿfar ibn Jarīr a rapporté, via ʿAlī ibn Zayd ibn Judʿān, d’après Yūsuf ibn Mihrān, d’après Ibn ʿAbbās, que celui-ci dit : les disciples dirent à Jésus, fils de Marie : « Si seulement tu ressuscitais pour nous un homme qui a connu l’Arche afin qu’il nous en parle ! » Il se mit en route avec eux, jusqu’à ce qu’il atteigne un monticule (2) de terre ; il en prit une poignée et leur demanda : « Savez-vous qui c’est ? » Ils répondirent : « Dieu et Son Messager le savent mieux. » Il dit : « C’est Kaʿb (3), fils de Ḥām, fils de Noé. » Il frappa alors ce monticule avec son bâton et s’exclama : « Lève-toi par la permission de Dieu ! » Aussitôt, il se leva en secouant la poussière de sa tête et, déjà, ses cheveux avaient blanchi. Jésus (paix sur lui) lui demanda : « Est-ce ainsi que tu es mort ? » Il répondit : « Non, je suis mort jeune, mais j’ai pensé que l’Heure était venue, et c’est ainsi que j’ai blanchi. » Jésus lui demanda alors : « Parle-nous de l’Arche de Noé. » Il répondit : « Sa longueur était de mille deux cents coudées, et sa largeur de six cents coudées. Elle comportait trois niveaux : l’un pour les bêtes et les animaux sauvages, l’autre pour les hommes, et le dernier pour les oiseaux. Quand les déjections des bêtes se multiplièrent, Dieu — exalté soit-Il — révéla à Noé (paix sur lui) de presser la queue de l’éléphant ; il le fit et il en sortit un porc et une truie, qui se mirent aussitôt à s’occuper des excréments. Plus tard, une souris rongea la coque de l’Arche ; Dieu — exalté soit-Il — révéla à Noé (paix sur lui) de frapper le lion entre les deux yeux ; il le fit, et deux chats sortirent par les narines du lion, pourchassant alors la souris. »
Jésus (paix sur lui) demanda : « Comment Noé (paix sur lui) sut-il que la terre était asséchée ? » Il répondit : « Il envoya le corbeau pour s’en assurer, mais celui-ci trouva une charogne et s’y attarda, si bien que Noé invoqua contre lui la frayeur, et c’est pourquoi il n’approche plus les maisons. Ensuite, il envoya la colombe, qui revint avec dans son bec une feuille d’olivier et sur ses pattes de la boue ; Noé sut alors que la terre avait séché. Il orna son cou d’une marque verte et pria pour qu’elle soit en intimité et en paix ; depuis, la colombe s’approche volontiers des demeures. »
Ils dirent : « Ô Messager de Dieu, ne pourrions-nous pas l’emmener avec nous, qu’il s’assoie et nous parle ? » Il répondit : « Comment vous suivrait-il, lui qui ne possède aucune subsistance ? » Puis il lui dit : « Retourne à ta forme par la permission de Dieu. » Et il redevint poussière (5). Voilà un récit extrêmement étrange.