Abou ‘Imrân al-Jawnî rapporte de Rabî‘a al-Aslamî – qui servait le Prophète (ﷺ) – qu’il a dit : « Un jour, il me dit : “Ô Rabî‘a, ne veux-tu pas te marier ?” Je répondis : “Ô Messager d’Allah (1), je ne souhaite pas qu’une chose quelconque me détourne de ton service.” (Il dit : alors il se tut. Puis, quelque temps après, il me dit : “Ô Rabî‘a, ne veux-tu pas te marier ?” Je répondis : “Ô Messager d’Allah, je ne souhaite pas qu’une chose quelconque me détourne de ton service” (2), et je n’ai pas de quoi offrir à une femme.) »
Rabî‘a poursuit : « Je me suis alors dit : “Le Messager d’Allah sait mieux que moi ce que je possède, puisqu’il m’enjoint de me marier ; si jamais il me le propose encore une fois, j’accepterai.” Puis il me dit : “Ô Rabî‘a, ne veux-tu pas te marier ?” Je répondis : “Ô Messager d’Allah, qui donc me marierait ? Je ne possède rien à donner à la femme pour sa dot.” Il me dit : “Va chez les Banû Untel et dis-leur : ‘Le Messager d’Allah vous ordonne de me marier à votre fille Untelle.’” J’y allai et leur dis : ‘Le Messager d’Allah m’a envoyé pour que vous me mariiez à votre fille Untelle.’ Ils dirent : ‘Untelle ?’ Je répondis : ‘Oui.’ Ils dirent : ‘Bienvenue au Messager d’Allah et à son envoyé’, et ils me la donnèrent en mariage. Je retournai auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et dis : “Ô Messager d’Allah, je viens de la meilleure des familles : ils m’ont cru et m’ont marié leur fille, mais d’où pourrais-je trouver de quoi fournir la dot ?” »
Il poursuit : « Alors le Messager d’Allah (ﷺ) dit à Bourayda al-Aslamî : “Réunissez pour Rabî‘a sa dot sous forme d’un poids équivalent à un noyau de datte en or.” Ils réunirent cette somme, me la remirent, puis j’allai la donner à ma belle-famille, et ils l’acceptèrent. Je retournai auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et dis : “Ô Messager d’Allah, ils ont accepté ; mais comment vais-je offrir un repas de noces ?” Le Prophète (ﷺ) dit alors à Bourayda : “Réunissez pour Rabî‘a le montant nécessaire à l’achat d’un bélier.” Ils le firent. Puis il me dit : “Va chez Aïcha, dis-lui de te remettre ce qu’elle a comme orge.” J’y allai, elle me le remit, et je partis avec le bélier et l’orge. Les gens me dirent : “Nous allons nous charger de l’orge ; quant au bélier, demande à tes compagnons de l’égorger.” Ils préparèrent l’orge. Par Allah, au matin, nous avions du pain et de la viande.
Ensuite, le Prophète (ﷺ) concéda au père de la mariée, Abou Bakr, une terre. Nous eûmes un différend à propos d’une grappe de palmier. Je dis : “Elle est sur mon terrain.” Abou Bakr affirma : “Elle est sur le mien.” Nous nous disputâmes. Alors Abou Bakr m’adressa un mot que je détestai. Il s’en repentit et me fit venir (4), puis me dit : “Répète-moi ce que je t’ai dit (5).” Je répondis : “Non, par Allah, je ne te dirai pas ce que tu m’as dit.” Il rétorqua : “Alors je vais aviser le Messager d’Allah.” Il partit le trouver, et je le suivis.
Mon clan vint à mes côtés et me dit : “C’est lui qui t’a injurié et c’est pourtant lui qui se rend chez le Messager d’Allah (ﷺ) pour se plaindre ?” Je me retournai vers eux et déclarai : “Savez-vous qui est cet homme ? C’est le Véridique (As-Siddîq), le plus âgé de la communauté. Retournez sur vos pas afin qu’il ne vous voie pas et pense que vous êtes venus m’aider contre lui, car il se mettrait en colère, irait le rapporter au Messager d’Allah et Rabî‘a serait perdu.”
Abou Bakr arriva donc auprès du Messager d’Allah (ﷺ). Je l’y rejoignis, et il dit : “J’ai prononcé à l’encontre de Rabî‘a une parole qu’il a détestée (6), je lui ai demandé de me répondre de la même manière, mais il a refusé.” Le Messager d’Allah (ﷺ) dit alors : “Ô Rabî‘a, que te faut-il à l’égard du Véridique ?” Je dis : “Ô Messager d’Allah, par Allah, je ne lui répéterai jamais ce qu’il m’a dit.” Le Messager d’Allah (ﷺ) poursuivit : “Ne lui dis pas ce qu’il t’a dit, mais plutôt : ‘Qu’Allah te pardonne, ô Abou Bakr.’”