Et, selon l’opinion de la majorité, ce que l’on entend par « at-tannūr » désigne la surface de la terre, c’est-à-dire que l’eau a jailli de toutes parts, au point de jaillir même des fours où le feu est habituellement attisé. Ibn ‘Abbās a dit : « at-tannūr est une source en Inde. » Quant à ash-Sha‘bī, il situe at-tannūr à Koufa, tandis que Qatāda le situe dans la Jazīra (la région de Mésopotamie). ‘Alī Ibn Abī Ṭālib a quant à lui interprété at-tannūr comme étant la fente de l’aube et l’éclat du matin, autrement dit sa clarté et sa lumière ; à ce moment-là, Noé fut ordonné de faire embarquer dans l’arche un couple de chaque espèce. Et cet avis est jugé singulier.
Le Très-Haut dit (dans le sens du verset) : « … jusqu’à ce que vienne Notre Ordre et que le tannūr déborde, Nous dîmes : “Emmène à bord un couple de chaque espèce ainsi que ta famille, sauf ceux contre qui la Parole s’est déjà réalisée, et ceux qui ont cru”. Or, avec lui, seuls peu d’hommes avaient cru. » [Hūd : 40]. Il s’agit là de l’ordre divin, au moment de la survenue du châtiment, d’embarquer dans l’arche un couple de chaque espèce. Dans le Livre des Gens du Livre (les Écritures antérieures), on rapporte qu’il devait embarquer sept paires de tout ce qui se mange et deux paires (mâle et femelle) de ce qui ne se mange pas. Cela contredit l’apparente formulation du verset dans Notre Livre (le Coran) affirmant « deux ». Toutefois, si on le considère comme complément d’objet, sans le prendre comme simple insistance envers « un couple », il n’y a pas de contradiction. Dieu sait mieux.
Certains ont mentionné, et l’on rapporte d’Ibn ‘Abbās, que le premier oiseau à être entré dans l’arche fut la tourterelle (1), et le dernier animal à y être entré fut l’âne, tandis qu’Iblîs s’y accrocha en se tenant à la queue de ce dernier.
Ibn Abī Ḥātim (2) a dit : « Mon père nous a rapporté (ce récit), ainsi que ‘Abd Allāh ibn Ṣāliḥ, qui tenait d’al-Layth, lui-même tenant de Hishām ibn Sa‘d, d’après Zayd ibn Aslam, d’après son père, que le Messager de Dieu (paix et salut de Dieu sur lui) a dit : “Lorsque Noé embarqua un couple de chaque espèce, ses compagnons dirent : ‘Comment pourrions-nous être en sécurité — ou comment le bétail pourrait-il être en sécurité — alors que le lion est parmi nous ?’ Dieu envoya donc la fièvre sur le lion, et ce fut la première fièvre qui survint sur terre. Puis ils se plaignirent de la souris, en disant : ‘Cette petite vermine (fuwaysiqa) gâche nos provisions et nos affaires.’ Alors Dieu inspira au lion, qui éternua, et le chat sortit de son éternuement ; la souris s’enfuit donc pour s’en cacher.”” Il s’agit là d’un hadith transmis de façon interrompue (mursal).
Puis, au sujet de la Parole divine : « … et ta famille, sauf ceux contre qui la Parole a déjà été prononcée » [Hūd : 40], cela signifie ceux pour qui l’invocation décisive de Noé fut exaucée en raison de leur mécréance, dont son fils Yām qui se noya, comme cela sera expliqué. Pour « et ceux qui ont cru », il s’agit d’embarquer également ceux de sa communauté qui avaient cru en lui. Dieu — exalté soit-Il — dit : « Mais peu avaient cru avec lui », et ce malgré la longue période durant laquelle il était resté parmi eux, les exhortant jour et nuit par tous les modes de discours, depuis les plus doux jusqu’aux menaces et avertissements, ou encore par des promesses et des encouragements.
Les savants ont divergé quant au nombre de personnes montées à bord avec Noé. Selon Ibn ‘Abbās, ils étaient quatre-vingts, accompagnés de leurs épouses. Selon Ka‘b al-Aḥbār, ils étaient soixante-douze. Certains disent qu’ils n’étaient que dix. D’autres encore soutiennent qu’il n’y avait que Noé, ses trois fils et leurs quatre belles-filles, ainsi que la femme de Yām, lequel se sépara et s’employa à un autre chemin que celui du salut, mais ne revint pas sur sa décision. Cette dernière opinion contredit toutefois le sens apparent du verset, qui précise — et c’est même un énoncé explicite — qu’en plus de sa famille, un groupe de gens embarqua avec lui.
(1) La « durrat » ou tourterelle.
(2) Célèbre traditionniste connu sous le nom d’Ibn Abī Ḥātim al-Rāzī.
(3) Allusion à l’abandon de la voie du salut.