Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Ô Seigneur, [souviens-toi de] Ton serviteur Zacharie (2) lorsqu’il invoqua son Seigneur d’une invocation discrète. (3) Il dit : “Ô mon Seigneur, en vérité mes os ont faibli, ma tête s’est enflammée de cheveux blancs et jamais je n’ai été malheureux en T’invoquant, ô mon Seigneur. (4) Or je crains mes proches [héritiers] après moi, tandis que mon épouse est stérile. Accorde-moi donc, de Ta part, un successeur (5) qui héritera de moi et héritera de la famille de Jacob, et fais qu’il soit, ô mon Seigneur, agréé (6).”» [Maryam : 1 – 6]

Telle est l’histoire dans son intégralité. Il (Dieu) a dit : «… un successeur (5) qui héritera de moi et héritera de la famille de Jacob…» [Maryam : 6], c’est-à-dire la prophétie, comme nous l’avons établi dans le “Tafsîr”, et à Dieu reviennent louange et grâce.

Il a déjà été rapporté, dans la chaîne de transmission d’Abou Salama, d’après Abou Hourayra, d’après Abou Bakr, que le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : «Le Prophète ne peut être hérité.» Cette expression est générale et englobe tous les Prophètes, et at-Tirmidhî l’a jugée bonne (ḥasan). Dans un autre hadith, il est également dit : «Nous, communauté des Prophètes, ne sommes pas hérités.» (1)

Deuxième point : il se peut que le Messager de Dieu (ﷺ) ait bénéficié, parmi tous les Prophètes, de dispositions spécifiques qui ne s’appliquent pas aux autres, comme nous le présenterons dans un chapitre particulier à la fin de la Sîra, si Dieu le veut. Même si l’on supposait—sans que cela soit correct—que les autres Prophètes puissent être hérités, ce que nous ont rapporté, parmi ceux que nous avons cités, des Compagnons tels que les quatre imams (Abou Bakr, ‘Omar, ‘Othmân et ‘Alî), éclairerait suffisamment cette spécificité [concernant le Prophète (ﷺ)] au détriment de tout autre.

Troisièmement : il est obligatoire d’appliquer ce hadith et d’en juger selon son sens, ainsi qu’ont jugé les califes, et les savants en ont reconnu l’authenticité, que ce soit ou non une particularité du Prophète (ﷺ). Car il (le Prophète) a dit : «Nous ne laissons pas d’héritage : tout ce que nous laissons (2) est aumône.» Cela peut signifier, au sens littéral, qu’il s’agit d’une règle le concernant, voire concernant tous les Prophètes comme mentionné plus haut—ce qui est l’avis évident. Cela peut également être interprété comme une disposition énoncée par le Prophète (ﷺ), c’est-à-dire : “Nous ne laissons pas d’héritage, parce que tout ce que nous laissons est [légalement transformé en] aumône.” Cette seconde interprétation supposerait que le Prophète (ﷺ) ait eu la possibilité de faire de l’intégralité de ses biens une aumône, mais la première reste la plus manifeste, et c’est celle que la majorité a suivie.

Cette seconde approche peut être renforcée par le hadith relaté par Mâlik et d’autres, d’après Abou az-Zinâd, d’après al-A’raj, d’après Abou Hourayra, selon lequel le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : «Mes héritiers ne se partageront pas de dinar. Tout ce que je laisse, après l’entretien de mes épouses et la rémunération de mon employé, est aumône.» Cette formulation figure dans les Deux Recueils authentiques (al-Boukhârî et Mouslim). Elle réfute l’altération qu’ont tentée certains ignorants, issus d’un groupe de chiites, lorsqu’ils lisent ce hadith en modifiant la forme de “ma tarakna (ce que nous laissons)” pour en faire “mâ tarakna ?” (qu’avons-nous laissé ?), en prétendant que “mâ” serait une négation ! Que feraient-ils alors de la première partie du hadith, «Nous ne laissons pas d’héritage» ?! De plus, nous avons cette version : «Tout ce que je laisse, après l’entretien de mes épouses et la rémunération de mon employé, est aumône.» C’est une preuve irréfutable, au même titre qu’on a rapporté que certains mu‘tazilites avaient tenté de lire à leur guise le verset : «Et Dieu parla à Moïse…»

(1) Al-Hāfiẓ Ibn Ḥajar dit dans « Al-Fatḥ » (12/8) : En ce qui concerne l’expression célèbre dans les ouvrages des spécialistes des fondements (uṣūl) et d’autres, « Nous, communauté des prophètes, ne transmettons pas d’héritage », une assemblée d’imâms l’a contestée. Cela vaut également pour l’usage particulier du terme « نحن » (nous). Toutefois, an-Nasā’ī l’a rapporté dans « Al-Kubrā », n° (6309), avec la formule « إنا معشر الأنبياء » (Nous, communauté des prophètes). Je dis : cette version chez Ahmad (2/463) provient d’un hadith d’Abu Hurayra avec une chaîne de transmission authentique. (2) Texte : « ما تركناه » (ce que nous avons laissé). (3) Texte : « وصيته » (son testament). (4) L’expression n’apparaît pas dans le texte. (5) Texte : « لا تقتسم » (Ne partagez pas).
رَبِّكَ عَبْدَهُ زَكَرِيَّا (٢) إِذْ نَادَى رَبَّهُ نِدَاءً خَفِيًّا (٣) قَالَ رَبِّ إِنِّي وَهَنَ الْعَظْمُ مِنِّي وَاشْتَعَلَ الرَّأْسُ شَيْبًا وَلَمْ أَكُنْ بِدُعَائِكَ رَبِّ شَقِيًّا (٤) وَإِنِّي خِفْتُ الْمَوَالِيَ مِنْ وَرَائِي وَكَانَتِ امْرَأَتِي عَاقِرًا فَهَبْ لِي مِنْ لَدُنْكَ وَلِيًّا (٥) يَرِثُنِي وَيَرِثُ مِنْ آلِ يَعْقُوبَ وَاجْعَلْهُ رَبِّ رَضِيًّا﴾ [مريم: ١ - ٦] القصة بتمامها. فقال: ﴿وَلِيًّا (٥) يَرِثُنِي وَيَرِثُ مِنْ آلِ يَعْقُوبَ﴾ [مريم: ٦] ، يعني النبوة، كما قَرَّرنا ذلك في "التفسير" ولله الحمد والمنة. وقد تقدَّم في رواية أبي سلمة، عن أبي هريرة، عن أبي بكر، أنَّ رسول الله ﷺ قال: "النبيُّ لا يُورَثُ" وهذا اسمُ جنسٍ يَعُمُّ كُلَّ الأنْبياء، وقد حَسَّنَهُ الترمذي. وفي الحديث الآخر: "نَحْنُ مَعْشَرَ الأنبياءَ لا نُورَثُ" (١) . والوجه الثاني: أنَّ رسولَ الله ﷺ قد خُصَّ من بينِ الأنْبياء بأحْكامٍ لا يُشارِكونه فيها، كما سنَعْقدُ له بابًا مُفْرداً في آخر السِّيرة، إن شاء الله، فلو قُدِّرَ أنّ غيرَهُ من الأنبياء يُورَثون -وليس الأمر كذلك- لكانَ ما رواهُ منْ ذكرنا من الصحابة الذين منهم الأئمة الأربعة؛ أبو بكر، وعمر، وعثمان، وعليٌّ مُبِّيناً لِتَخْصيصه بهذا الحكم دونَ ما سواه. والثالث: أنه يجبُ العملُ بهذا الحديثِ والحكمُ بمقتضاه، كما حَكَمَ به الخُلَفاءُ، واعْتَرفَ بصحّته العلماء، سواء كان منْ خصائصه أم لا، فإنه قال: "لا نُورَثُ، ما تَرْكنا (٢) صَدَقةٌ" إذ يَحْتَملُ من حيثُ اللفظُ أن يكونَ قولُهُ (رحمهم الله) : "ما تركنا صَدَقَةٌ" أن يكونَ خَبَراً عن حُكْمِه أو حُكْمِ سائر الأنبياءِ معه، على ما تَقَدَّم وهو الظاهر، ويحتملُ أن يكون إنشاء وَصِيَّةٍ (٣) كأنه يقول: لا نورثُ لأن جميع ما تركناه جعلناه (٤) صدقةً، ويكون تخصيصُه من حيثُ جوازُ جعلِه مالَه كلَّه صدقةً، والاحتمالُ الأولُ أظهرُ. وهو الذي سلكه الجمهور. وقدْ يَقْوَى المعنى الثاني بما تقدَّم من حديث مالكٍ وغيره، عن أبي الزِّناد، عن الأعرجِ، عن أبي هريرة، أنّ رسولَ الله ﷺ قال: "لا يَقْتَسِم (٥) وَرَثَتي ديناراً، ما تَرَكْتُ بعدَ نفقهِ نِسائي ومُؤْنَةِ عاملي فهو صدقةٌ" وهذا اللفظ مخرجٌ في "الصحيحين" وهو يردّ تَحْريفَ منْ قال من الجَهَلَة من طائفةِ الشّيعةِ في روايةِ هذا الحديث ما تركنا (١) صدقة بالنصب، جعل -ما- نافية، فكيف يصنع بأول الحديث، وهو قوله: لا نُورثُ؟! وبهذه الرواية "ما تركت بعدَ نفقة نسائي ومُؤْنَة عامِلي فهو صَدَقةٌ" وما شأنُ هذا إلا كما حُكِيَ عن بعض المعتزلة أنه قَرَأَ على شيخٍ من أهل السّنَّة: وكَلَّمَ اللهُ مُوسى
(١) قال الحافظ ابن حجر في الفتح (١٢/ ٨) وأما ما اشتهر في كتب أهل الأصول وغيرهم بلفظ "نحن معاشر الأنبياء لا نورث" فقد أنكره جماعة من الأئمة، وهو كذلك بالنسبة لخصوص لفظ "نحن" لكن أخرجه النسائي في "الكبرى" رقم (٦٣٠٩) بلفظ "إنا معشر الأنبياء" أقول: وهو عند أحمد (٢/ ٤٦٣) من حديث أبي هريرة بإسناد صحيح. (٢) ط: (ما تركناه). (٣) ط: (وصيته). (٤) ليس اللفظ في ط. (٥) ط: (لا تقتسم).

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