Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) fut alors évoqué, ainsi que son mérite et son ancienneté (dans l’Islam). On raconta que ce n’était pas par jalousie à l’égard d’Abou Bakr que l’on avait agi comme on l’avait fait. Puis ‘Alî (qu’Allah l’agrée) se leva et alla auprès d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) pour lui prêter allégeance.
Les gens se tournèrent alors vers ‘Alî (qu’Allah l’agrée) et lui dirent : « Tu as bien agi. » Les gens étaient disposés favorablement à l’égard de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) lorsqu’il revint à la conduite reconnue (comme correcte). Al-Bukhârî (1), Muslim (2), Abou Dâwoud (3) et An-Nassâ’î (4) ont également rapporté ce récit, par plusieurs chaînes de transmission, d’après Az-Zouhrî, d’après ‘Urwah, d’après ‘Â’ishah, sous une forme similaire.
C’est donc ce serment d’allégeance prêté par ‘Alî (qu’Allah l’agrée) à Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), après le décès de Fâtimah (qu’Allah l’agrée), qui constitue une confirmation supplémentaire de la réconciliation intervenue entre eux. Il s’agit d’un second serment d’allégeance, faisant suite au premier que nous avons cité plus haut, le jour de Saqîfah. C’est ce que rapporte Ibn Khouzaïmah et qu’a authentifié Muslim ibn Al-Hajjâj. Durant ces six mois, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) n’était pas resté à l’écart d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) ; il priait derrière lui, assistait à ses consultations (5), et il partit même avec lui à Dhû Al-Qassah, comme nous le verrons par la suite.
Selon le Sahîh d’Al-Bukhârî (6), quelques nuits après le décès du Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui), Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dirigea la prière de l’asr, puis, en sortant de la mosquée, il trouva Al-Hassan ibn ‘Alî en train de jouer avec d’autres enfants. Il le prit alors sur ses épaules en s’exclamant :
[Extrait du mètre rajaz]
« Ô, par mon père ! Tu ressembles au Prophète,
Tu ne ressembles pas du tout à ‘Alî »
Et ‘Alî (qu’Allah l’agrée) se mit à rire.
Lorsque ce deuxième serment d’allégeance eut lieu, certains rapporteurs crurent que ‘Alî ne s’était pas déjà engagé auparavant, et le nièrent. Or celui qui prouve qu’il y eut déjà un serment est prioritaire sur celui qui le nie, comme nous l’avons mentionné et établi. Allah est plus savant.
Quant au fait que Fâtimah (qu’Allah l’agrée) se soit mise en colère contre Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), je ne sais pas ce qui l’explique précisément. Si c’est à cause de son refus de lui donner ce qu’elle réclamait comme héritage, il s’en est justifié par un argument qu’il revenait d’accepter, à savoir ce qu’il avait rapporté de son père, le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) : « Nous ne laissons pas d’héritage ; ce que nous laissons est aumône. » Elle se serait donc soumise au texte du Législateur, qui lui était demeuré inconnu avant qu’elle ne revendiquât l’héritage, de même qu’il était inconnu aux épouses du Prophète (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) jusqu’à ce que ‘Â’ishah les en informe, ce qu’elles reconnurent à leur tour. On ne saurait penser de Fâtimah (qu’Allah l’agrée) qu’elle ait pu suspecter As-Siddîq (le véridique), Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), concernant ce qu’il lui rapportait. À Dieu ne plaise qu’on pense cela d’elle ou de lui. D’autant qu’il fut appuyé dans ce récit du hadith par ‘Umar ibn Al-Khattâb, ‘Uthmân ibn ‘Affân, ‘Alî ibn Abî Tâlib, Al-‘Abbâs ibn ‘Abd Al-Muttalib, ‘Abd Ar-Rahmân ibn ‘Awf, Talhah ibn ‘Ubaïd Allah, Az-Zoubeïr ibn Al-‘Awwâm et Sa‘d ibn Abî Waqqâs.