Abou Bakr dit : « J’ai entendu le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) dire : “Nous ne laissons pas d’héritage. Ce que nous laissons est une aumône. C’est de ce bien que se nourrit la famille de Muhammad.” » Abou Bakr ajouta : « Par Dieu, je ne renoncerai à aucun acte que j’ai vu le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) accomplir à ce sujet, sans l’accomplir moi-même. » Il fut rapporté qu’alors Fâtima cessa de lui adresser la parole et ne lui parla plus jusqu’à sa mort. C’est ainsi que l’imam Ahmad l’a rapporté d’après ‘Abd al-Razzâq, d’après Ma‘mar (1).
Puis Ahmad le rapporta encore (2), d’après Ya‘qûb ibn Ibrâhîm, d’après son père, d’après Sâlih ibn Keysân, d’après az-Zouhrî, d’après ‘Urwa, d’après ‘Â’isha : Fâtima demanda à Abou Bakr, après le décès du Messager de Dieu, de lui attribuer l’héritage de ce qu’il avait laissé parmi les biens qu’Allah avait accordés à Son Envoyé. Abou Bakr lui répondit : « Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : “Nous ne laissons pas d’héritage. Ce que nous laissons est une aumône.” » Fâtima s’en montra irritée et cessa de parler à Abou Bakr ; elle ne cessa de s’en éloigner jusqu’à son décès. L’exposé se poursuit en indiquant que Fâtima vécut six mois après la mort du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue)… et le hadith continue ainsi, selon ce qu’a rapporté l’imam Ahmad.
Al-Bukhârî (3) a aussi rapporté ce hadith dans le « Livre des expéditions » de son recueil authentique (Sahîh) d’après Ibn Bukayr (4), d’après al-Layth, d’après ‘Uqayl, d’après az-Zouhrî, d’après ‘Urwa, d’après ‘Â’isha, comme expliqué plus haut, en y ajoutant ceci : lorsque Fâtima mourut, ‘Alî l’enterra de nuit sans en informer Abou Bakr (5), et il fit la prière funéraire sur elle. Tant que Fâtima était en vie, ‘Alî bénéficiait de la considération des gens, mais après sa mort, il sentit cette estime décliner. Il rechercha alors la réconciliation et l’alliance avec Abou Bakr, n’ayant pas prêté allégeance (bay‘a) pendant ces quelques mois. Il fit dire à Abou Bakr : « Viens nous voir, mais ne viens avec personne. » Il répugnait à ce qu’Omar vînt, sachant son tempérament ferme. Omar déclara : « Par Dieu, tu n’iras pas chez eux seul ! » Abou Bakr répondit : « Qu’auraient-ils donc à me faire ? Par Dieu, j’irai à eux. » Abou Bakr partit donc (qu’Allah l’agrée).
‘Alî (6) prononça alors l’attestation de foi et dit : « Certes, nous reconnaissons ta supériorité et ce que Dieu t’a accordé ; nous ne t’avons pas envié le bien que Dieu t’a accordé. Cependant, vous avez agi seuls dans cette affaire alors que nous pensions, en raison de notre proximité avec le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), avoir une part dans ce domaine. » ‘Alî continua ainsi, au point qu’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) se mit à pleurer et déclara : « Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, la parenté du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) m’est plus chère à honorer que la mienne. Quant au différend (7) qui nous a opposés au sujet de ces biens, je ne me suis jamais détourné du bien à leur propos, et je n’ai rien négligé de ce que faisait le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) sans l’accomplir moi-même (8). »
Lorsque Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) eut accompli la prière de midi, il monta (9) sur la chaire, prononça l’attestation de foi, rappela l’attitude de ‘Alî et son retard dans le fait de prêter allégeance, tout en l’en excusant par les raisons qu’il avait avancées. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) prononça également l’attestation de foi et reconnut l’importance du droit