Ceci constitue une manière aimable de s’adresser à eux et une forme de douceur dans l’appel à la vérité, comme le Très-Haut l’a dit : « Parlez-lui donc, à tous deux, avec douceur. Peut-être se rappellera-t-il ou craindra-t-il » [Tâhâ : 44]. Il a dit également : « Appelle [les gens] au chemin de ton Seigneur avec sagesse et bonne exhortation. Discute avec eux de la meilleure façon » [An-Nahl : 125].
Il agit ainsi en leur disant : « Que diriez-vous si je me trouvais sur une preuve évidente de la part de mon Seigneur, et qu’Il m’ait accordé une miséricorde de Sa part ? » [Houd : 28], c’est-à-dire la prophétie et le message, « et que cela vous fut caché » (autrement dit, vous n’en avez ni saisi le sens ni reçu la guidée) « Allons-vous l’imposer de force, alors que vous la répugnez ? » [Houd : 28]. En d’autres termes : « Je ne puis rien faire pour vous dans ce cas. » Et [Noé] de poursuivre : « Ô mon peuple, je ne vous demande pas de bien en échange [de ce message]. Ma récompense n’incombe qu’à Allah » [Houd : 29], c’est-à-dire : « Je ne souhaite pas de rémunération de votre part pour vous transmettre ce qui vous est bénéfique ici-bas et dans l’au-delà. Je n’en attends la rétribution que d’Allah, dont la récompense est plus excellente et plus durable que ce que vous pourriez me donner. »
Puis Il dit : « Je ne repousserai pas ceux qui ont cru. Ils rencontreront leur Seigneur. Mais je vous vois plutôt comme un peuple ignorant » [Houd : 29]. On comprend, à partir de ce verset, qu’ils lui avaient demandé d’éloigner de lui ces croyants (et ils lui promirent alors de le rejoindre) s’il cédait à leur requête. Il refusa donc, déclarant : « Ils rencontreront leur Seigneur » [Houd : 29], de peur qu’ils ne portent plainte contre lui auprès d’Allah. C’est pour cela qu’Il dit : « Ô mon peuple, qui me protégera d’Allah si je les repousse ? Ne vous rappelez-vous donc pas ? » [Houd : 30]. De même, lorsque les mécréants qoraychites sollicitèrent le Messager d’Allah (ﷺ) pour qu’il éloigne de lui les croyants pauvres — tels ‘Ammâr, Souhayb, Bilâl, Khabbâb et d’autres — Allah le lui interdit, comme nous l’avons expliqué dans les sourates Al-An‘âm et Al-Kahf.
« Je ne vous dis pas que je détiens les trésors d’Allah ni ne connais l’Inconnaissable, et je ne prétends pas non plus être un ange » [Houd : 31], c’est-à-dire : « Je ne suis qu’un serviteur et un Messager, je n’ai de la science divine que ce qu’Allah m’en a enseigné, et je ne suis capable que de ce dont Il m’a donné la capacité. Je ne détiens pour moi-même ni profit ni dommage, si ce n’est ce qu’Allah veut. »
« Je ne prétends pas être un ange et je ne dis pas, au sujet de ceux que vos regards méprisent (mes disciples), qu’Allah ne leur accordera aucun bien ; Allah est plus à même de connaître ce qu’il y a dans leurs âmes. Je serais alors du nombre des injustes » [Houd : 31]. Autrement dit : « Je ne puis témoigner qu’ils sont dépourvus de tout bien auprès d’Allah le Jour de la Résurrection. Allah sait ce qu’ils renferment et Il les rétribuera selon ce qu’ils portent en eux, que ce soit du bien ou du mal. » Comme ils l’ont dit en d’autres passages : « Croirions-nous en toi, alors que les plus vils t’ont suivi ? (111) Il dit : “Et qu’en sais-je de ce qu’ils faisaient ? (112) Leur compte n’incombe qu’à mon Seigneur. Si seulement vous compreniez… (113) Je ne repousserai pas les croyants (114). Je ne suis qu’un avertisseur explicite.” » [Ach-Chou‘arâ’ : 111-115].
Le temps s’allongea alors et la controverse se prolongea entre lui et eux, comme le dit le Très-Haut : « Il demeura parmi eux mille ans moins cinquante années ; puis le Déluge les surprit alors qu’ils étaient injustes » [Al-‘Ankabût : 14]. Malgré cette longue durée, seul un petit nombre crut en lui. Chaque génération, lorsqu’elle disparaissait, enjoignait à la suivante de ne pas croire en Noé, de le combattre et de s’opposer à lui. Ainsi, quand un père voyait son fils atteignant l’âge de raison, il lui recommandait en privé de ne jamais croire en Noé, de son vivant et pour toujours. Leur nature refusait de croire et de suivre la vérité. C’est à ce propos qu’Allah dit : « Ils ne peuvent engendrer que des gens pervers et grandement ingrats » [Nûh : 27].