« Et pourquoi ne pleures-tu pas Celui qui dispensait la faveur, dont la grâce abondante enveloppait les gens ? (1)
Alors verse pour lui tes larmes et lamente-toi en raison de la perte de celui dont on ne trouve pas d’égal à travers le temps.
Jamais les générations passées n’ont perdu un homme comme Muḥammad, et nul semblable à lui ne saurait être perdu jusqu’au Jour de la Résurrection.
Il était le plus chaste et le plus fidèle à sa parole, renouvelant constamment son engagement, et nul ne surpassait sa largesse sans que sa générosité en fût entravée.
Il offrait plus que quiconque au nouveau comme à l’ancien, tandis que le plus grand donateur, dans son avarice, eût gardé par-devers lui ce qu’il possédait. (2)
Il avait la plus noble renommée dans les foyers où il revendiquait son appartenance, et la plus noble ascendance issue de l’Abṭaḥ, au point d’y jouir d’une suprématie reconnue. (3)
Il avait l’appui le plus sûr et érigeait, au plus haut, de solides fondements de gloire. Il affermissait racines et origine, tel un rameau nourri par l’averse céleste, le rendant plus souple et vigoureux.
Il grandit nourrisson et parvint à sa pleine perfection sous la tutelle du plus généreux des bienfaiteurs, d’un Seigneur exalté.
Auprès de lui s’achevait la recommandation faite aux musulmans, si bien que ni la science ne leur fut jamais refusée ni leur jugement déconsidéré. (4)
Je l’affirme, et nul ne me blâmera parmi les gens, hormis celui dont l’esprit est dépourvu de raison et éloigné de la vérité. (5)
Mon penchant ne cesse de chanter ses louanges, espérant ainsi demeurer, grâce à lui, dans le Jardin de l’Éternité. (6)
Auprès de l’Élu, j’ambitionne cette proximité, et je m’emploie avec ardeur à l’obtenir le Jour venu.
Et le ḥāfiẓ Abū al-Qāsim al-Suhaylī a dit, à la fin de son ouvrage « al-Rawḍ » (7) : Abū Sufyān ibn al-Ḥārith ibn ‘Abd al-Muṭṭalib, en pleurant le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), récita (sur le mètre al-wāfir) :
Je suis resté éveillé, et la nuit ne finissait pas ; celle de mon frère dans l’épreuve est, elle aussi, longue.
Les pleurs m’ont soulagé, et c’est bien peu au regard de l’épreuve qui frappa les musulmans.
Notre perte fut immense et grandiose le soir où l’on annonça que le Messager avait quitté ce monde. (8)
Notre terre, tant éprouvée, semblait à peine tenir sur ses flancs.
Nous avons perdu la Révélation et le Message parmi nous, que Gabriel nous apportait matin et soir. »